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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Chance : brillante galerie psychiatrique par Kem Nunn

Qu'il était long ce retour de Kem Nunn, auteur californien notamment du surf-polar Sabot du Diable et du politique et suffocant Tijuana Straits ! Avec Chance, Nunn change une nouvelle fois de braquet, s'empare d'une autre dimension du roman noir et s'attelle à une sombre histoire psychologique. On est là dans les grandes histoires du Hitchcock hollywoodien, d'un Polanski en grande forme : double personnalité, psychiatre amoureux de sa patiente, flic véreux... Un classique du genre. Mais avec la maestria de cet écrivain, il y a de l'impact, ça cogne, ça fouette.

Eldon Chance est un psychiatre agréé auprès des tribunaux à San Francisco, spécialisé dans les analyses de troubles post-traumatiques, les hommes ou les femmes ayant subi de grands stress, des situations exceptionnelles. Côté marital, il est en plein divorce, forcé de laisser sa belle maison à sa femme et sa fille, elle en pleine crise d'adolescence. Ceci expliquant cela, il se prend réellement d'affection pour une patiente, Jaclyn Blackstone, en proie à un mari violent, tyrannique, pervers, flic à Oakland. Le docteur Chance l'aiguille vers une ami psy et très vite le mari flic lui fait parvenir de subtils messages de mise en garde. Jaclyn, pour ne rien gâcher, souffre d'un vrai dédoublement de personnalité... Chance ne sait pas vraiment quoi faire jusqu'au moment où il rencontre Big D, un colosse, ancien soldat, ébéniste à ses heures et gros bras quand il faut.

Chance est un roman très subtil où il faut d'abord décoder tout le vocabulaire médical et psychiatrique, un exercice facilité par la dose d'humour de Kem Nun, propre à désamorcer toute situation trop dramatique. Le cas Jaclyn Blackstone est réellement passionnant dans son désir multiple, désir de son psychiatre, de son flic de mari, de liberté, de jouer avec ces deux hommes... Le lecteur, comme Eldon Chance, ne sait plus trop quoi penser des tentatives pour sauver cette patiente. Est-elle vraiment une victime ? Combien de vies a-t-elle ? Plus simple, quoique, est l'autre relation du livre, celle de Chance avec Big D. Drôle, elle n'est pas sans rappeler celle du Dude avec son ami Walter, l'ancien du Viet-Nam, dans The Big Lebowski. Un livre à plusieurs facettes, soutenu par une narration qui ne s'enlise jamais malgré les difficultés du thème et les nombreuses réflexions de ce docteur, anti-héros au possible. Cela on le doit, à la grosse technique de Kem Nunn, très fort pour offrir quelques vraies scènes tendues, par exemple à la sortie du salon de massage, modèle du genre, où le lecteur se fait surprendre totalement par le dérapage inattendu. L'intérêt est aussi dans la galerie de malades psys, du mythomane, au pervers narcissique, en passant par le dépressif, le schizophrène et le masochiste. Un roman qui se permet une fin incroyable et qui peut remettre en cause plus d'une affirmation ou même suppositions posées le long de ces presque 400 pages. Vingt dernières pages qui laissent voir ce Chance encore sous un autre angle. Une élégance littéraire qui plaira aux amateurs de Kem Nunn et à ceux qui aiment être un peu bousculés dans leurs lectures.

Chance (trad. Clément Baude), ed. Sonatine, 380 pages, 21 euros.

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