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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Les morsures du froid : polar très old school dans les rues de Boston

" Son adversaire lui avait endommagé l'oeil droit, le privant définitivement de la possibilité de boxer au niveau professionnel, et, en réaction, il avait appliqué la loi du Talion au sens littéral. "Oeil pour oeil". Six mois plus tard, alors que son ancien rival descendait du ring, O'Leary avait émergé de la foule au Sons of Erin Hall, à Dorchester, s'était approché de lui par derrière et l'avait envoyé mordre la pouissière. Il l'avait ensuite frappé au visage jusqu'à ce qu'il ne bouge plus puis, un couteau à la main, lui avait fait sauter l'oeil droit. " Boston, 1951, ça ne rigole pas...

Cet hiver là, l'un des plus glacials de ces dernières années, Sheila Anderson vient d'être retrouvée, égorgée, nue, dans le fleuve. Un des nouveaux assassinats de celui que les journaux appellent le Boucher ? Son beau-frère Dante Cooper, ex pianiste de jazz, héroïnomane depuis le décès de sa femme, se promet en tout cas de retrouver le coupable. Son ami d'enfance Cal O'Brien, revenu de la terrible bataille de la forêt de Hürtgen, dans un état psychologique qui le force à tâter du goulot, va lui prêter main forte. Deux hommes ébréchés par la vie, qui tiennent comme ils peuvent sur leurs jambes et vont asticoter d'abord Blackie Foley, petit caïd qui se rêve Grand Parrain, mais aussi le frère, Michael Foley, député qui échafaude un drôle de plan immobilier dans les vieux quartiers pourris de Boston. Dante et Cal interrogent les putes, des chauffeurs routiers, des barmens et même une bonne soeur. Et se prennent aussi quelques méchantes roustes. Parce que Sheila, comme un papillon de nuit, s'était apparemment approché un peu trop de la lumière.

Les morsures du froid sent le polar à l'ancienne. Feutres mous, gabardines, clopes au bec, flasques de whiskey et vielles bagnoles. Il rappelle par moments les premiers Ken Bruen avec ces personnages totalement abattus qui ne vivent presque plus que pour une dernière forme de Justice. Mais les auteurs Thomas O'Malley et Douglas Graham Purdy ont vraiment su enrichir leur histoire, évoquant à la fois les magouilles politiques, le scandale immobilier, l'après-guerre, le jazz aussi par instant. Et, toujours, le froid. Au point que les enterrements sont remis à plus tard à cause d'un sol trop dur. C'est également un roman où les femmes subissent mille et un tracas, un temps où le féminisme n'était pas de mise, entre la pauvre Sheila dont le passé révèle des amours multiples, une vie brûlé par les deux bouts, ou Claudia, soeur de Dante, totalement éteinte, la journée passée dans sa triste cuisine ou encore cette fille de joie, camée, qui a perdu deux doigts dans une usine... le lecteur se retrouve face à un succédané de féminité, comme si Boston avait avalé ses plus belles filles. Mais il en est aussi de même avec ses hommes, Irlandais, Italiens, Polonais, fréquentant les nombreuses églises, cherchant une absolution pour tous leurs crimes... Il n'y a guère d'espoir chez ce duo d'auteurs vraiment percutant. Polar donc très old school, Les morsures du froid ne prend pas d'ailleurs de gants avec la violence et balance quelques bourre-pifs de derrière les fagots, quelques scènes riches en chicots qui volent et nez qui dévissent. Quant au final, il se déroule, évidemment, calibre à la main. Une très belle surprise de 2016.

Les morsures du froid (trad. Isabelle Maillet), ed. du Masque, 397 pages, 22 euros.

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