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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Dans l'ombre : Indridason perd pied dans l'Islande des années 40

Trilogie à venir pour Indridason et premier tome avec Dans l'ombre. L'auteur islandais, après s'être tourné vers la jeunesse de son commissaire Erlendur (Les nuits de Reykjavik) mais aussi vers la fiction historique (Opération Napoléon) se plonge cette fois dans les années 40 de son pays. L'Islande vient d'être occupée par les Britanniques et ce sont maintenant les Américains qui prennent les choses en mains. Les Islandais sont certes toujours au pouvoir mais cela semble assez ambigu. Preuve en est l'enquête que mène Flovent, seul inspecteur de la criminelle à Reykjavik : le corps d'un représentant a été retrouvé dans un appart' en sous-sol, la balle qui l'a défiguré provient d'une arme américaine. Et c'est donc le jeune, Thorston, membre de la police militaire US qui va l'épauler. Tout deux vont remonter un (très) long fil : de l'ancien ami, au passé et au présent nazi, au père de celui-ci immigré allemand, à la petite copine qui vient de partir dans les bras d'une soldat, en passant par l'ancien prof d'école... une foultitude de témoins plus ou moins insaisissables. Entre l'histoire d'espionnage présumée et cette fille qui voulait profiter de la présence anglo-saxonne pour se libérer de sa condition de fille de la campagne, les deux enquêteurs vont se heurter à un secret historique...

Soyons clair, Dans l'ombre n'a pas la profondeur des meilleurs Indridason (La femme en vert, La voix, La cité de Jarre ou Betty). Premier écueil, la pâleur de ces deux enquêteurs, sans personnalité, sans charisme. Pire, ils sont ennuyeux dans leur façon de mener l'enquête, saoulant leurs interlocuteurs, et le lecteur, de questions sans fin. Certes, le polar scandinave ne brille pas par ses moments de violence, mais là il s'agit vraiment d'interrogatoires sans finesse, assez mal construit. C'est d'ailleurs ce qui saute aux yeux plus d'une fois, cette lourdeur de style où Indridason se croit obligé de nous décrypter la pensée du personnage, comme si la situation ou le dialogue ne suffisaient pas. Comme si le lecteur avait oublié ce qui venait de se passer, d'être écrit. Mais outre la faiblesse de ces deux héros, il n'y pas non plus de second couteau pour rattraper le coup. Même la piquante Vera ne parvient pas à capter l'intérêt. Il faut dire que le complot que l'auteur fait miroiter au début se dégonfle assez vite et l'histoire perd alors tout son sel. On aurait peut être aimé quelque chose de plus intense avec cette présence nazi ou même cette occupation qui voit les filles islandaises se jeter sur les mâles en uniformes.

Là où Indridason excelle, c'est sur la psychologie d'Erlendur, très basique mais extrêmement développée, avec les fantômes de son frère, de son enfance, cette vie dépressive, face au Mal le plus commun. Avec Dans l'ombre, l'Islandais fait trop l'impasse sur cette dimension et privilégié une suite de scènes d'enquête finalement assez creuses.

Dans l'ombre (trad. Eric Boury), ed. Métailié, 334 pages, 21 euros.

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