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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

La filière écossaise : les nazis se planquent à Glasgow

Douglas Brodie est faitdiversier à la Gazette de Glasgow. Ancien policier mais surtout ancien soldat ayant passé six ans sur les champs de bataille européens, il a aussi participé aux interrogatoires, à la fin du conflit, de plusieurs responsables de camps d'extermination. A 35 ans, sa vie et ses nuits de cauchemars sont déjà bien remplies. Mais en cet hiver 47, où des monceaux de neige s'abattent sur la ville, où le charbon vient à faire défaut, son amie et complexe chérie, Sam, lui demande d'aider des membres de la communauté juive à résoudre une série de cambriolage. Brodie se fait forcer la main mais il aime bien ces gens, il en connaît certains personnellement. Et il accepte. Tombe d'abord sur un truand. Qui se fait trucider. Puis sur un prêteur sur gages. Dessouder aussi. Et une jeune bijoutière. Pareil. Et enfin un faux réfugié polonais, qui se révèle être... un nazi en cavale. De fil en aiguille, Brodie quitte son costume de journaliste, redevient flic et soldat. Il se rend compte que si certains nazis ont fuit par l'Italie, l'Espagne franquiste vers l'Argentine notamment, avec la bénédiction de plusieurs évêques et aussi les services secrets américains, une autre ratline fait le lien entre Hambourg et Glasgow. Sa ville abrite désormais plusieurs tortionnaires, vivant cachés et toujours aussi dangereux.

La filière écossaise est un roman d'une rare richesse. Entremêlant de nombreux faits historiques, que Gordon Ferris explique bien en appendice, aux questions morales de justice devant le Mal. La partie sur le procès de Hambourg est à ce titre assez remarquable.Une question qui vient parfaitement en écho aux analyses de Hannah Arendt notamment. L'auteur sait écrire tout cela dans un décor apocalyptique d'hiver glaciaire, avec cette communauté juive prête à donner la chasse aux nazis en fuite, cette communauté qui observe, de loin, mais pas sans passion, l'état d'Israël, refusé par le concert des nations. La filière écossaise est un très bon polar en cela, mais aussi parce que Ferris sait user de judicieux rebondissements, dans cette époque trouble, où les fumées du conflit ne se sont pas encore dissipées. Qui roule pour les Etats-Unis ? Qui veut tout faire contre les communistes ? Combien de fascistes sont encore dans les rues ? Les juifs ont-ils les moyens de se faire justice ? Le personnage lui-même de Douglas Brodie est une vraie trouvaille car cette époque permettait d'avoir de tels gabarits et Ferris en use avec intelligence : un journaliste, un soldat et un policier en un seul bonhomme. Riche idée qui fonctionne bien On se félicite aussi d'une fin pas très politiquement correcte mais ce sont les soubresauts d'une guerre innommable. Stuart Neville avait écrit lui aussi un Ratlines, qui se passait à Dublin, mais là, les amateurs de faits historiques, de narration aux petits oignons, seront bien mieux servis.

La filière écossaise (trad. Hubert Tézenas), ed. Seuil, 465 pages, 22, 50 euros

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Christophe 28/02/2017 11:33

Bonjour Jean-Marc, je ne connais pas les autres Gordon Ferris mais je vais m'y pencher... dès que possible. Concernant Neville, autant j'avais bien aimé Les fantômes de Belfast, autant la suite m'avait laissé de marbre. J'ai même arrêté Ratlines en cours.

Jean-Marc 27/02/2017 08:31

D'accord avec toi, alors que j'aime en général beaucoup les romans de Stuart Neville, j'avais trouvé Ratlines assez, pour ne pas dire complètement raté.
Celui-ci est bien meilleur, et d'ailleurs les trois romans de la série sont excellents.