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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Le blues de La Harpie : l'histoire intemporelle du pardon

Comment obtenir le pardon d'une société après le meurtre, même accidentel, d'un nourrisson ? Comment soi-même se pardonner pour ce que l'on a fait et ce que l'on est devenu ? Sous ses airs de pur roman noir, Le blues de La Harpie, écrit par Joe Meno, pose de profondes questions morales et les traditionnelles interrogations de la société sur le regard à porter sur les ex-taulards. Sujet prégnant, de Cambrai à Ushuaia et donc à La Harpie, bourgade, totalement imaginaire, du nord de l'Illinois C'est là que Luce Lemay, un soir, alors qu'il venait de dévaliser la boutique où il bossait, a renversé, à toute berzingue, un landeau, tuant le bébé. C'était il y a trois ans. Mais ça pourrait sembler mille. Luce, en conditionnelle, revient à La Harpie parce que, Junior, son ancien compagnon de taule, lui a trouvé et un job et un toit. Le premier chez Gas'n'Go, une station service, le second dans un hôtel tenue par une dame qui collectionne les oiseaux morts. Luce va tenter de rebondir. Mais voilà Charlene, adorable jeune serveuse du resto local. Avant de l'approcher, il doit se coltiner les poings d'un ex-fiancé colérique. Pas grave. Luce encaisse. Ce qui l'est beaucoup plus, c'est la rouste infligée par quatre mecs à coups de planches et de battes. Non, Luce Lemay, poursuivi par le fantôme du bambin qu'il a tué, n'est pas le bienvenu à La Harpie. Et il faudra vraiment les voler les instants de bonheur. Se battre pour ? Ou renoncner ?

Joe Meno est fort pour mêler toute l'imagerie pieuse de la piaule où dorment Junior et Luce, avec cette espèce d'attirail glauque de cadavres d'oiseaux, de propriétaire toujours en noir marmonnant la nuit dans les couloirs. Comme une ambiance de couvent hanté où personne ne trouve le repos. Et le jour, ce n'est pas mieux à La Harpie. L'auteur sert deux, trois scène hallucinantes, dont celle où des oiseaux viennent se fracasser sans explication sur les vitres de la station service ou encore lorsque Luce va rendre visite à la dépouille de la tante de Charlene, dans les cheveux de laquelle, là encore, des oiseaux ont fait leur nid. Des scènes à la façon de Donald Ray Pollock, entre ruralité proche de la trisomie et symbolique païenne. Le blues de La Harpie, dédiée à la mémoire de Johnny Cash, est le roman de l'impossibilité de s'extraire de son passé dans une petite ville où tout le monde se côtoie à défaut de se connaître. Joe Meno a le chic pour créer des personnages puissants, que ce soit Junior, énorme type sensible, le père de Monte avec ses deux pieds prothèse ou encore cette prostituée, "elle avait l'air maigre, et long, et solide, et son parfum empestait le désespoir." Avec aussi cette impression que l'histoire peut se passer aussi bien en 1950, qu'en 2010. Et ça, c'est très fort. Si on peut être un tout petit peu réservé sur la fin, Agullo a sans nul doute mis la main sur un auteur prometteur, un styliste de la déveine.

Le blues de La Harpie (trad.Morgane Saysana), ed. Agullo, 309 pages, 21, 50 euros.

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