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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Pssica : dans les méandres sanglants de la traite des blanches

Auteur d'un Brésil anti-samba, anti-Copacabana, anti-JO, Edyr Augusto montre un pays sans foi ni loi, un western brutal, ultra-violent. Avec Pssica (malédiction), il se met dans les pas de Janalice, jeune fille de 14 ans. Son petit ami l'a filmé en train de lui faire une fellation, la vidéo a tourné dans tout le collège, le principal a convoqué les parents, le père effondré a envoyé Janalice chez une tante. Là-bas, la petite ado déboussolé se fait prendre en main par une toxico, puis se fait kidnapper. Son long calvaire d'esclave sexuelle dans les bouges mais aussi les fêtes bourgeoises de a région de Bélem commence. Un  parcours comme autant de "stations" du Christ sur le Chemin de croix, avec un gros lard plein aux as, dans une orgie de rupins, dans un bordel de Cayenne... Sa peau claire, ses cheveux blonds, en fait l'attraction de tous les pervers. Entre-temps, Amadeu, ancien flic, ami de la famille, part à sa recherche. Mais elle va aussi croiser Portuga, avide de vengeance depuis que sa femme a été découpée par des voleurs. Parmi lesquels Prea, qui se fait hypnotiser par la beauté de Jane.

Pour son quatrième roman publié en France, Edyr Augusto ne relâche en rien son étreinte sur la région qui l'a vu naître et sur son public qui la découvre. Avec son style inimitable, sans guillemets pour les dialogues, sans retour à la ligne, pour bien perdre son lecteur dans les méandres de sa prose. Pour comprendre la littérature d'Augusto, il faut d'ailleurs se plonger cinq minutes dans les entrelacs de la géographie de cette région de Belem. Une Nature faite de fleuves boueux, d'estuaires, de rivières, de jungle et de petites villes abandonnées de tous. Ils sont là les premiers méandres. L'urbanité n'a rien à faire ici. Et la civilisation, pas grand chose. "On vend des jeunes filles. Il y a même des parents qui vendent leurs hijas pour avoir de quoi se nourrir." C'est le lieu de tous les trafics. On l'a déjà vu dans Moscow et surtout Nid de vipères du même auteur. Avec Pssica, outre sa violence crue, débordante, où non seulement les coups de machette pleuvent mais où, également, tous les espoirs ne sont pas permis, Augusto s'amusant avec ses "héros"masculins, dans Pssica donc, il est surtout question de la traite des blanches. Trafic monstrueux, à base d'enfants, de vierges parfois, dans lequel même les autorités politiques, toutes puissantes grâce à une über corruption, trempent. Oui, Pssica est parfois dégueulasse comme un fait divers peut l'être, mais il rappelle aussi à quel point les héros, ça n'existe plus, que l'individualisme, le libéralisme, la consommation y compris du sexe et donc de la femme ont largement gagné, au moins dans cette partie du monde. Une fois de plus, Augusto donne des cauchemars mais lui n'a pas besoin de serial killer, de menaces terroristes, de bombes, il prend juste des hommes. Et la dimension politique, au sens noble du terme, de l'oeuvre d'Augusto saute encore un peu plus aux yeux.

Pssica (trad. Diniz Galhos), ed. Asphalte, 138 pages, 15 euros.

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