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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Une affaire d'hommes : rock'n'roll baby !

Clutch, Tool, Motorhead, Flogging Molly, Kiss, Slapshot, Ronnie James Dio... la bande son d'Une affaire d'hommes est métal et rock'n'roll, s'écartant largement du jazz que l'on entend habituellement dans les pages du polar depuis une cinquantaine d'années. Ou de Beethoven comme l'aime Ellroy. Le signe aussi de cette génération qui, comme Todd Robinson, est née dans les années 70, a grandi au son des Iron Maiden, Black Sabbath, Cro-Mags. Quand leurs prédécesseurs se sont nourris de Coltrane et Miles Davis. Et ce changement de musique colle aussi au style, au rythme de Todd Robinson. Un roman en lisière du pulp car s'il n'y a pas scène exagérément vlolente, à l'inverse du précieux Swierczinski, on retrouve quand même le cahier des charges de l'entertainment : bagarre aux poings, amitié virile, humour et malentendu central. Une affaire d'hommes bastonne, cogne, claque, dans les bas-fonds de Boston, ville qui, décidément suscite l'inspiration. Boo et Junior (déjà héros de Cassandra) sont deux amis d'enfance, élevés à la dure dans un foyer d'accueil. Adultes, ils sont devenus videurs au Cellar, un club de seconde zone, où les murs sont souvent repeints du vomi des clients... ou de leurs dents ! Un soir, après la fermeture, Ginny, la serveuse, demande à Boo et Junior de "parler" à l'ex-petit ami de sa co-locatrice, Dana. La discussion tourne à la rouste en règle, avec kidnapping dans le coffre de la voiture. Quand les deux amis relâchent le bonhomme, celui-ci est bien vivant. Une heure après ce n'est plus le cas. Et voilà qu'un patron de discothèques leur envoie ses sbires, qu'un tueur à gages fait irruption chez Ginny, qu'un étui de musique renferme autre chose qu'une simple trompette...

Ce qui sauve invariablement cette littérature, c'est son humour. Le style est ici sans importance évidemment, le lecteur est là pour passer un bon moment, sachant très vite à quoi s'attendre. On ne regarde pas Commando avec Schwarzie comme on se mate Mullholland Drive de Lynch. Mais on peut faire les deux. Todd Robinson possède cette culture populaire de la dérision qui allège une narration somme toute très classique : " la première fois que je lui avais ouvert la porte, il m'avait tiré une balle dans la jambe. La dernière fois que je l'avais vu, il était étendu sur le dos, sur le plancher du Cellar, et j'étais assis sur lui en train de lui enfoncer dans la gorge le goulot d'une bouteille cassée. C'est vrai, nous avions une relation exceptionnelle." Loin du nature writing cher à Gallmeister, un vrai moment de divertissement parfaitement troussé. Et ça fait du bien.

Une affaire d'hommes, (trad. Laurent Bury), ed. Gallmeister, 361 pages, 22 euros.

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