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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Une jeunesse perdue : vacuité de la littérature française

Pour les besoins de la belle émission radio, Des livres et délires, le lundi à 11 heures sur RCFM ( France Bleu), les quatre intervenants se partagent un livre, une lecture commune pour échanger les points de vue sur un même texte. Une riche idée. Sauf que cette fois-là, l'animatrice Marie Bronzini a pioché le dernier Jean-Marie Rouart, Une jeunesse perdue... C'est arrivé de n'être pas entièrement sur la même longueur d'ondes pour cet exercice, on s'est même frotté sur du Franck Bouysse, sur Garth Risk Halberg et son City on fire ou d'être bien d'accord pour applaudir Six Jours de Ryan Gattis. Globalement, les avis sont partagés mais sans animosité. Pas cette fois. L'académicien offre là un livre d'une faiblesse incroyable, d'une misogynie rare et d'une prétention sans nom. Et tout le monde autour du micro a trouvé cela désolant.

Faible parce qu'il n'y a pas d'histoire, pas de fil, à part celui de cet homme vieillissant, dans la soixantaine, directeur d'une revue d'art contemporain qui se plaint de ne plus séduire les jeunes femmes ! Et qui tombe, ça alors !, sur une Russe volcanique et mystérieuse. Une histoire qui ne tient pas 20 pages, dans une narration sans surprise, sans finesse. Et sans humour. On aurait pu penser que Jean-Marie Rouart se moque de la prétention de cet homme mais non, c'est tout le contraire. Il nous fait le détester quand lui le soigne, le plaint. Une jeunesse perdue a part ailleurs un regard terrible sur les femmes, à peine plus que des objets sexuels. Entre les proies, ces femmes qui aux beaux jours mettent une jupe courte, un pantalon moulant, dévoilent un bout de nombril et que l'auteur juge provocantes, entre la femme de ce sexagénaire qui, elle, n'est bonne qu'à gérer sa préfecture et son jardin et enfin la cuisinière privée, rustique et paysanne, c'est une galerie affligeante. Ah oui, il y a Valentina, cette fameuse russe. Qui, elle aussi, n'est pas avare en clichés : elle écrit mal mais bon, elle baise bien trouve le personnage principal.

Enfin, Rouart, dans un style ampoulé incroyablement vieille France, parsème ses pages de références à Warhol, Bacon ("cette vielle tapette"), Vermeer et s'en va déjeuner au café de Flore, à la Closerie des Lilas... le germanopratisme dans ce qu'il a de plus ringard, la littérature bourgeoise par excellence qui se regarde le nombril et fonctionne encore sur l'entregent. Enfin, fonctionne ! On se demande encore si à part Bernard Pivot, le Figaro Magazine et Paris Match, ils sont nombreux à trouver de réelles qualités à ce livre de 160 pages. C'est comme si ce livre sortait du milieu du XXe siècle sans que depuis il n'y ait eu de littérature. Oui, cela a le goût de l'ORTF, d'une France en noir et blanc, du Giscardisme... Sacrée expérience.

Une jeunesse perdue, ed. Gallimard, 176 pages, 19 euros.

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