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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Canari : une indic au coeur des trafics de Philadelphie

Serafina Holland est une étudiante bosseuse dans l'une des plus prestigieuses universités de Philadelphie. Sa mère, Mexicaine, décédée l'an passé, c'est son père, spécialiste en désintoxication, qui se démène pour assurer son avenir et celui de Marty, le jeune frère de douze ans. Prudente, avertie sur les addictions, juste avant Thanksgiving, Serafina se rend à une soirée où elle se contente, pendant trois heures, de boire la même bière pour éviter l'ivresse. Et puis, il y a D. Beau garçon, un peu plus âgé, qui, sans voiture, demande à Sarie (son diminutif) de l'accompagner chercher un livre... Le livre en question se révèlera une livraison d'oxycodone, d'aderall, de mollies, suboxone, bref, une vraie petite pharmacie. Et la "librairie' en question est sous la surveillance de l'agent des stups, Benjamin Wildey. Petite filature. Et interception de Sarie pendant que D. prend la poudre d'escampette. Plutôt que cinq années de taule, Sarie se voit proposer de devenir indic, ou canari, sous le pseudo IA137. Dans le même temps, la pègre de Philadelphie se réorganise et plusieurs indics des stups "tombent" comme des mouches.

Moins pulp que Mort à tous les étages, A toute allure ou The Blonde, Canari biberonne sans se cacher au sein du Festin Nu de William Burroughs. Mais sans le côté halluciné. Il y est question de cachets, de trafics les plus divers, à travers le blacknet ou encore d'un médecin généreux en ordonnances, qui se révèle être un malade mental ! Et puis il y a ce partyman, personnage improbable comme Ringo, tueur à gages cynique mais prévenant : " le père de Ringo était un guitariste un peu connu qui se produisait dans les clubs de son ancien quartier. Il avait pris sa retraite, aigri par l'amertume, viré du marché par ces crétins avec leurs tourne-disques. Donner à Ringo un boulot consistant à tuer des DJ ferait de lui l'homme le' plus heureux du monde.Canari met un certain temps à trouver son rythme, le temps qu'il faut en fait à Sarie pour avoir un vrai beau dealer à balancer. Duane Swierczynski a toujours ces gimmicks, des situations très drôles (il n'y avait pas déjà une Civic dans un précédent de ses romans ?), des dialogues puisés dans le meilleur de la culture populaire et une action soutenue. Mais cette fois il prend de la hauteur, et dans son délire habituel, il tente une vision globale du monde des stupéfiants dans sa ville, de la déchéance de certains quartiers à la consommation mondaine de certains profs d'université. L'astuce de Swierczynski, pour éviter la linéarité d'une histoire qui n'avait rien de révolutionnaire au départ, c'est de faire raconter l'histoire par plusieurs personnages. Que ce soit le flic Wildey, le père Kevin ou encore le fils Marty mais surtout Sarie, dans une lettre ouverte à sa mère : "salut maman, hier soir, je me suis fait arrêter" démarre ainsi génialement Canari. Sari est d'ailleurs une héroïne particulièrement réussie même si on peut tiquer sur son attachement à D., elle est surprenante de bout en bout, candide désinvolte au pays des toxicos.

Dans la course au prix Edgar 2016 du meilleur roman, remporté par J'irai mourir sur vos terres (ici), Canari laisse entrevoir un nouveau Duane Swierczynski. Les fans, que nous sommes, attendent impatiemment la suite.

Canari, trad. Sophie Aslanides, ed. Rivages, 406 pages, 22 euros.

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