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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Descente à Valdez : Harry Crews Tintin trash en Alaska

1975 aux Etats-Unis. Gérald Ford est président. Kissinger est secrétaire d'Etat. Saigon va tomber cette année-là. Et Harry Crews, 40 ans, est devenu un sacré auteur depuis une demi-douzaine d'années, après Le chanteur de gospel, Car, Le faucon va mourir... Un soir, l'équipe de Playboy lui demande un reportage sur la situation en Alaska où un énorme pipeline est en passe d'être construit sur cette sauvage. C'est l'époque d'un néo-journalisme, façon gonzo à la Hunter S. Thompson, qu'essaye Esquire ou Rolling Stone. Et donc Play Boy. Une tradition américaine qui a survécu puisque Franck Bill (Donnybrook, La Série Noire) devrait lui aussi écrire quelques feuillets pour ce même magazine cet été.

Donc voilà Harry Crews en reporter. Les premières lignes sont, déjà, irrésistibles avec un auteur, ancien Marines, qui prend sept avions pour se rendre à Valdez, avec un dernier vol effectué sur un coucou, en pleine tempête, avec comme pilote un jeune Texan, tenant le manche d'une main, une cigarette de l'autre. Evidemment Crews ne prend pas rendez-vous à la mairie ou chez le pdg de l'Alyeska Pipeline Service Company. Enfin si, il va chez le maire qui ne peut le reçevoir puisqu'il est occupé à distribué le courrier ! Valdez est une petite ville qui va connaître une expansion démente et voir débarquer des milliers d'ouvriers. Forcément, les "locaux" se méfient. Harry Crews va donc croiser un cul de jatte qui chie dans la rue. Un jeune pêcheur avec un indien bourré. Un conducteur de pelleteuse moitié irlandais-moitié indien. Un tatoueur qui va profiter de son ivresse pour lui tatouer une charnière sur le coude. Et enfin, une prostituée ("Un jour j'ai calculé que je m'étais envoyé 10 m de queues") et son mac... Avec tout ce beau monde, et quelques litres de vodka, il va dessiner un portrait saisissant de l'Alaska, nourri de ses réflexions les plus instinctives, d'homme franc. Harry Crews va s'interroger sur l'impact de cette construction de 1 284 kilomètres auprès des caribous, des oiseaux, des poissons et des hommes. Un joli texte, court, qui prouve à quel point un écrivain peut-être bon dans l'exercice journalistique. L'inverse n'étant pas aussi certain.

Descente à Valdez (trad. Bruno Charoy), ed. Allia, 62 pages, 7, 50 euros.

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