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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Mets le feu et tire-toi : James Brown et l'homme blanc

Les livres sur la musique (même quand ils sont bien traduits et c'est rare) sont souvent assez chiants, écrits par des fans ou bien par des amateurs de ragots, ou au contraire des connaisseurs orthodoxes, et cela ressemble souvent in fine à des collages de coupures de presse, avec quelques témoignages au milieu... C'est en fait toujours moins priapique que la musique de l'artiste dont ces livres parlent : quand on doit parler de musique, finalement rien ne vaut un bon gros concert, du live. On se fiche des anecdotes, on veut du son ! Mais il y a aussi des livres "utiles", des livres à rebrousse poil. Et Mets le feu et tire-toi en fait partie.

Après le trépidant L'oiseau du Bon Dieu, James McBride s'attaque à un autre personnage, un autre Brown, James. Mais là, il coiffe sa casquette de journaliste et cherche à la fois à rendre justice au grand chanteur, à dénoncer le misérable procès dont son héritage est l'enjeu, mais aussi, à l'image de L'oiseau du Bon Dieu, à écrire, en partie, l'histoire des noirs d'Amérique. Car c'est bien de cela qu'il s'agit dans Mets le feu et tire-toi : l'histoire d'un black va-nu-pieds, né dans un bled de Caroline du sud et qui va s'imposer dans le grand business de la musique. Un noir, élevé  parmi les plus impitoyables blancs du pays et qu'un sentiment de peur ne quittera jamais de toute sa vie. Oui, James McBride le dit, Mr Dynamite était un tyran, un fou, un perfectionniste, un dingue de travail mais aussi quelqu'un d'incroyablement aimant avec ses proches tout comme avec les plus mal lotis.

McBride, lui-même musicien, ne fait pas dans l'anecdote à deux balles, il fait raconter, par sa première femme, par Sis ( la femme de Leon Austin), par David Cannon, par Al Sharpton, jusqu'au croque-mort qui a organisé son enterrement, le James Brown profond, celui qui n'admettait pas de paraître décoiffé, celui qui fabriquait une contrebasse avec un baquet, celui qu ia inventé un son. Mets le feu et tire-toi n'est pas une simple biographie mais l'histoire perpendiculaire d'une Amérique noire, une histoire, presque passée au statut de légende, à la fois riche de succès et victime d'un racisme innommable. " Vous allez me trouver naïf, mais comment se fait-il que l'un des pays les plus riches au monde soutienne aussi peu les artistes qui ont consenti tant de sacrifices pour créer ce qui est aujourd'hui, culturellement et économiquement, l'un de nos principaux produits exportés ? " McBride tient vraiment à tordre le coup aux images surfaites de l'auteur de Please, please, please, taclant au passage le biopic honteux, sorti il y a quelques années sur grand écran. Pour autant, l'Amérique d'Obama, celle des costumes classes et des photos glamour, n'est pas celle de l'auteur, cette Amérique dont il parle, c'est celle des concerts dans les bouges, des plats de haricots, de la revendication, de la solidarité avec son peuple. Un livre d'autant plus intéressant à lire dans cette ère Trump et les secousses suprémacistes que l'on entend ici et là. James McBride est surprenant et dérangeant une deuxième fois. C'est appréciable.

Mets le feu et tire-toi (trad.François Happe), ed. Gallmeister, 314 pages, 22,80 euros.

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