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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Etranges loyautés : la révérence de Jack Laidlaw

En juin 2015, à l'occasion d'une réédition, on chroniquait ici-même le premier tome des aventures du flic écossais Jack

Laidlaw, sobrement baptisé Laidlaw. En souhaitant que William McIlvanney puisse vivre longtemps encore pour donner des suites à ce personnage ou même à d'autres. Las, ce brillant poète et romancier de Glasgow nous quittait six mois plus tard.

McIlvanney est présenté comme le père du roman noir écossais parmi lesquels donc on peut reconnaître Ian Rankin, Denise Mina, voire Christopher Brookmyre et d'autres. Mais c'est quoi en fait le roman noir écossais, si on le compare à l'anglais ? Peut-être beaucoup plus d'humour; Une empathie sincère. La volonté affichée, claironnée presque de se démarquer des Anglais. Et puis une certaine dose de tristesse au coeur. C'est en tout cas le sentiment que laisse Etranges loyautés (paru initialement en 91), le dernier épisode des aventures de Laidlaw, qui en compte quatre. Avec cette ultime aventure, William McIlvanney flirte avec la puissance noire des romans de Thomas H. Cook, entre pêché de jeunesse, secret enfoui. Laidlaw vient d'enterrer son jeune frère, Scott, enseignant, renversé par une voiture. Il est d'autant plus dévasté qu'il sentait que son frère lui échappait ces derniers mois. Quelque chose lui était arrivé. Rien de criminel non, mais un événement suffisant pour modifier son comportement, sa nature. Les collègues de Laidlaw tentent de le sortir de ce trou d'alcool, de regrets et de nostalgie en lui demandant des conseils sur une affaire de camés. Bien sûr, les deux dossiers vont se croiser.

William McIlvanney déploie une extrême élégance pour fouiller les sentiments de Laidlaw, décortiquer la psychologie des acteurs de la vie de son frère mais de la sienne aussi. Plus psychologique donc que le premier tome, Etranges loyautés propose aux lecteurs une parabole sur la culpabilité, l'honnêteté, les arrangements avec la vie. Laidlaw arrive à s'extirper des caricatures de flic, par son extrême compassion et son amour de Glasgow, de ses habitants. On retient deux scènes, très différentes mais magnifiques : le face à face avec la mère mourante de Frankie White et la scène d'amour dans le restaurant. De la bonne littérature. Sans être un chef d'oeuvre, le type même du roman noir populaire de très belle facture.

Etranges loyautés (trad. Fred Michalsky), ed. Rivages, 462 pages, 9 euros.

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