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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Le diable en personne : Leonard Moye, ce héros

" Une société armée est une société polie, pas vrai ? "

Peter Farris qui cite Kent Anderson ! C'est forcément un bon. Et pas que pour ça. Avec Le diable en personne, le Géorgien de 38 ans, offre un parfait roman noir, tissé de traite des blanches, de corruption de la police, des élus, avec un bon gros coup de monde rural dément, à la Pollock. Parce que Farris donne au lecteur un personnage magnifique avec Leonard Moye. Vieux paysan veuf qui se présente ainsi : " ces types se pointent sur mon terrain, ils veulent jouer les durs, je les bute." Notre anti-héros n'est pas un flingueur, un type ultra violent, non. Mais il est bizarre. Ancien bootlegger insaisissable, il vit, entouré de chat, sur une ferme de 14 hectares avec Marjean... un mannequin de couture qui représente sa femme, on ne sait comment disparue. Il la trimballe dans sa voiture les rares fois où il va en ville, il lui allume des clopes, lui parle. Des scènes drôles mais aussi dérangeantes, psychotiques. Quand la jeune Maya débarque dans sa vie, Leonard, d'abord la protège. Et se débarrasse de ses poursuivants. Prostituée depuis toute petite, cette beauté est devenue la "propriété" du maire local, tout puissant. Mais sur l'oreiller, il y a des confidences qu'elle n'aurait jamais dû entendre. Et son mac, pour prévenir toute fuite d'informations préférerait la donner aux alligators du coin. Sauf que... Léonard quoi.

Presque 270 pages de plaisirs coupables, à attendre quel tour ce paysan acariâtre, bien barré, va jouer à ces voyous crétins, méchants, sadiques, un peu caricaturaux c'est vrai, exception faite de Lambert, ex-mercenaire. On retrouve ici le goût du western, tendance Fort Alamo, avec une tension bien dosée, dans une langue directe, jouant souvent les seconds degrés, l'humour décalé (ah l'interpellation du type à poil). Le diable en personne n'est pas qu'un pulp, une poignée de pages de pure action, il y a aussi un joli petit vernis politique sur la campagne géorgienne, sur un monde rural, peuplé d'insectes volants, de cerfs, de bestioles dans les marais mais aussi profondément coupé de la réalité et puis Farris en met aussi un coup sur ces élus véreux, pervers. Si ce n'est pas le premier intérêt ni la première qualité du roman, cela rajoute à l'envie que le lecteur a, de voir le Bien triompher du Mal. Car bien sûr qu'il s'agit encore une fois de ça. Ce n'est pas plus compliqué mais c'est aussi très dur de revisiter la confrontation classique. Ce jeune auteur y arrive avec brio, à la fois nerveux et déjanté. Pour tout dire, on a envie de prendre quelques hectares de terre dans ce comté de Trickum.

Le diable en personne (trad. Anatole Pons), ed. Gallmeister, 266 pages, 20.50 euros.

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