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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Nulle part sur la terre : un deuxième roman bien meilleur

Franchement, Michael Farris Smith s'était pris les pieds dans le tapis avec Une pluie sans fin 

paru chez Super 8 (ici) il y a deux ans. Son Nulle part sur la terre (Sonatine cette fois) partait donc avec un handicap. Un a priori. Mais il y a eu quelques critiques positives et ce mot de JL Burke, himself, " un auteur amoureux de son art ". Même si la quatrième de couverture va un peu loin en parlant de Sam Shepard et Cormac Mc Carthy, la curiosité était déjà là.

Et ça commence fort. Un terrible accident de la route nocturne, racontée par une témoin. Puis une scène de viol par un flic qui se fait lester de plomb par sa victime. Quarante premières pages qui happent, très rythmées, bien écrites, réalistes, sans verser dans l'exagération. Est-ce le même auteur qu'Une pluie sans fin ? Oui. Parce que le héros de ce deuxième roman est un taulard fraîchement sorti de prison qui revient dans sa petite ville en Mississippi et Louisiane, un trentenaire qui s'occupait de retaper des maisons avec son père. Dans Une pluie sans fin, le personnage principal, Cohen, était déjà lui maçon. Fin de la ressemblance. Ou presque, puisqu'il s'agit encore de destins qui vont se croiser mais avec cette fois un réalisme social saisissant. Maben, la femme donc qui a trucidé le ripoux, traverse ce comté de Pike (bonjour Whitmer !) avec sa petite fille de cinq ans, à la recherche d'un toit, d'un petit boulot mais surtout d'une parenthèse, d'un peu de repos, poursuivies qu'elles sont par le mauvais sort, les sales coups. Russell, l'ex-taulard, lui, se fait déboîter la face à peine arrivé dans son bled, par les frères du jeune qu'il a tué au volant. Conscient d'avoir ruiné sa vie (11 ans pour un accident de la route mortel, ça rigole pas dans le Sud), mais aussi sans doute un peu celle de son père, de la femme qu'il aimé, Russell veut se tenir peinard, jusqu'au moment où Maben le braque avec le flingue du flic qu'elle a tué.

Michael Farris Smith a su construire une histoire forte, crédible, comme un fait divers, un roman noir sur, non pas les miséreux, mais les malchanceux ou plutôt ceux qui n'auront pas eu de seconde chance et qui n'en finissent pas de payer un mauvais choix, le premier, le seul. Outre Maben et Russell, l'auteur a particulièrement réussi ses personnages secondaires : le père, Boyd, l'ami policier et surtout Larry, véritable crevure : " mais cette sérénité pouvait tout aussi bien se briser et s'éparpiller dans les recoins les plus sombres de la campagne quand il était soudain submergé par les pensées haineuses qui l'habitaient - l'épouse qu'il n'avait plus et le fils qu'il ne pouvait plus voir et la femme qui était la sienne aujourd'hui et les hommes qui fricotaient avec elle et les morts qui ne reviendraient jamais et les vivants qui reviendraient toujours. Et alors il enrageait contre l'objet le plus saillant de sa haine, et il regardait dans le rétroviseur et cet objet était là et luis rendait son regard, et il était facile de haïr tout le reste, mais se haïr soi même était une torture et c'était dans ces moments d'introspection au comble de l'ivresse et de l'ignominie, qu'il comprenait qu'il finirait un jour par tuer l'homme, Russell Gaines, qui avait tué Jason." Sans être génial, Nulle part sur la terre distille une très belle tension et un suspense réel. Sans oublier d'évoquer ce Sud des Etats-Unis, ces bars, ces routes de nuit, ces shériffs. Pas de clichés, pas de cartes postales, une présence forte mais pas omniprésente. Bref, un bon moment de lecture. Et, par contre, une seconde chance pour Farris Smith.

Nulle part sur la terre (trad. Pierre Demarty), ed. Sonatine, 362, 21 €.

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