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The killer inside me

Littérature noire

Le jour d'avant : compassion ouvrière ratée

Sorj Chalandon cite, à la fin de son dernier roman, Le jour d'avant,  le nom des 42 mineurs

décédés dans  l'accident de la mine de charbon de Liévin, le 27 décembre 1974. 42 noms et prénoms égrenés. Rien de plus. Que n'a-t-il été aussi simple et direct dans les 300 pages qui précèdent ? L'auteur de Mon traître s'empare de ce scandale ouvrier, mâtiné de négligences,de mépris et de recherches du profit par la direction des Houllières, pour camper un personnage très singulier : Michel Flavent. Fils de paysan à Liévin, son grand frère Jojo a été emporté par l'explosion, son père en est mort de chagrin quelques années plus tard. Adulte, chauffeur routier, habitant Paris, il veille sa femme atteinte d'un cancer foudroyant. Quand celle-ci s'en va à son tour, il décide de rentrer au pays, dans les corons, à Liévin et de retrouver le contremaître responsable de l'accident mortel, quarante ans plus tôt. Sa future victime est désormais un homme fatigué, aux poumons meurtris.

A l'évidence, Sorj Chalandon s'est énormément et très bien documenté sur la vie des mineurs dans les années 70, il manie, avec peut-être un peut trop de gourmandise, les expressions typiques, comme pain d'alouette, briquet, galibot,, reproduisant aussi quelques expressions fleuries... Outre sa connaissance, il montre de l'empathie, même s'il ne rentre pas vraiment dans les foyers de mineurs, et pour cause son Michel, est fils de paysan. Et le problème principal du roman c'est bien Michel. Sa personnalité ne fonctionne pas. Son désir de vengeance, l'acte lui-même, son attitude ont quelque chose de forcé, qui heurte le lecteur, parce qu'il n'est pas vraiment compréhensible, là où tout devrait être assez clair. Le switch de Chalandon aurait pu être bon mais Michel Flavent ne suit pas la bonne idée de son auteur, il est à la traîne. On décroche. Pour s'aperçevoir que Le jour d'avant est pavé de bonnes intentions et même un peu trop. Faire briller le monde mineur, avec une petite larme dans les foyers confortables de 2017, la ficelle est un peu épaisse. Pour finir avec l'incroyable plaidoirie de l'avocate, moment assez grotesque en terme de cliché. La mine n'aurait pas souffert d'un peu plus de retenue ou de pudeur.

Le jour d'avant, ed. Grasset, 336 pages, 20, 90 euros.
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N
Voilà un auteur que j'apprécie énormément. J'avais d'ailleurs adoré "Profession du père"...
À bientôt
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