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The killer inside me

Littérature noire

Helena : dans le Kansas, on s'ennuie un brin

Quand Jérémy Fel se débarrasse de la littérature. Helena n'est pas un roman mais plutôt un énorme script pour série télé, déconstruit, riche dans les détails les plus insignifiants, s'abstenant presque de relier les protagonistes entre eux et s'excluant parfois du réalisme. Loin des Loups à leur porte, son premier roman flippant sur le Mal et la folie dans ce même Kansas. Bref, décevant.
A l'inverse de la grande majorité des critiques qui jusque-là se sont enflammées pour l'histoire de Norma Hewitt et de ses trois enfants.
Norma, 39 ans, vit donc au coeur de ce Kansas ennuyeux, poussiéreux. Doublement veuve, elle partage son immense demeure avec son fils aîné Graham, pressé de faire une école photo à New-York, Tommy, totalement psychopathe... mais il a des excuses. Et Cindy, charmante poupée qu'elle prépare à un concours de mini Miss. Enfin vient Hayley. Jeune fille aisée qui tombe en panne sur la route vers son entraînement de golf. Secourue par les Hewitt, son sex appeal affole Tommy qui la viole. Norma, soucieuse des conséquences, entrant dans une psychose, la séquestre et s'apprête à la laisser mourir dans la cave. Avant que Graham s'aperçoive de la monstruosité de la chose et la libère...
Voilà le meilleur de Helena. Mais déjà, curieusement, on se surprend à noter quelques incohérences. La Chevrolet de Hayley brûle devant la maison mais Graham n'en voit pas une trace le lendemain, pas d'odeurs, pas d'indices au sol. Et puis Norma fait disparaître les vêtements de Hayley mais laisse dans le salon son club de golf. Hayley qui passe deux jours en cave, affamée, après avoir été violée, frappée une première puis une deuxième fois, mais qui retourne chez elle, finalement, en plutôt bonne forme ! Et Herbert, le flic benêt (digne de Scream) qui en 50 lignes suspecte, pour l'agression de Cindy, à la fois un duo de homejackers et Tommy.
Helena est construit sur le parcours des quatre protagonistes, leurs histoires successives, mais après la fuite de Hayley, le roman tombe dans un faux rythme, racontant le passé de chacun... D'accord, pour Tommy, le personnage le plus intéressant car le plus barré, c'est bien vu. Mais son errance tourne en rond, son aventure avec Julia ne suscite aucune excitation, la découverte de la maison de monsieur Hills dégoûte mais n'apporte pas grand chose. Et Jérémy Fel multiplie ainsi les pas de côté, comme Norma, à l'hôpital avec cette femme croisée à la cafétéria. Tout un tas de scènes qui éloigne d'une éventuelle traque de Hayley, d'un début de vengeance... La tension est au point mort. L'ennui pointe. Mais c'est peut-être le but de l'auteur. Ne pas être là où on l'attend.
Et puis on nous promet un roman sur ce qu'une mère ferait pour protéger ses enfants mais Norma n'est pas si épaisse que ça, en tout cas elle ne présente pas un amour maternel dément, ce n'est pas une tigresse, loin de là, ni un personnage de mythologie. Elle aussi se montre incohérente dans ses sentiments, que ce soit envers Cindy ou Graham. Souhaitant les garder près d'elle et puis les éloigner, voire, un instant, les abandonner, pour Cindy.
Enfin, cela doit également se passer pendant un été de canicule mais à part quelques verres de vin bus à la fraîche, dans le jardin, le lecteur ne ressent pas vraiment pas les 40° à l'ombre. A bien y chercher, on ne sent pas une fois le souffle d'un climatiseur ou l'odeur aigre d'une transpiration.
Donc, on peut penser que nous sommes passés à côté et même au large. Oui. Mais ce qui interpelle, c'est par exemple dans Télérama, de lire que Helena se situe entre Stephen King (bon, allez) et Cormac McCarthy ! McCarthy ? Mais où ? Pas dans le style tout de même ?
Est-ce que Jérémy Fel s'est laissé emporté par son amour des séries américaines. Revenant ici, trente ans après, sur les mêmes lieux que Les loups à leur porte, à la façon de la saison 3 de Twin Peaks ? A-t-il voulu lui aussi créer son Bob ?

Helena, ed. Rivages, 800 pages, 23 euros.
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C
Hello Guillaume, merci de cette concordance des points de vue. Les critiques sont assez curieuses, parce qu'après Télérama, les Inrocks (bon, ce n'est pas la référence ultime c'est vrai) évoque un page turner ! Ben non : il ne se passe rien durant 300 pages.
Au plaisir Guillaume
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G
Je me sens moins seul. Merci ! Je n'ai pas compris moi non plus comment certains critiques pouvaient en effet parler de ce roman en des termes aussi élogieux.
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