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The killer inside me

Littérature noire

Pas de saison pour l'enfer : les Hell's, les combats de coq, les putes... la vie quoi

Des articles, des nouvelles, des bouts inédits de Sympathy for the devil ou Chiens de la nuit, Pas de saison pour l'enfer (2012) est indispensable à quiconque apprécie Kent Anderson. On peut discuter des heures en disant "oui mais ce n'est pas un roman, c'est un patchwork..." On s'en fiche : tout l'auteur est dans cette quinzaine d'histoires, des moments de violence, de perte d'innocence, des gros morceaux d'Amérique et, toujours, cette façon unique de raconter l'après-VietNam, ce sentiment bizarre du soldat des Forces Spéciales de ne se sentir nulle part chez lui et nulle part bien.
Au petit jeu du "c'est quoi le meilleur dans ces 331 pages", on glissera que Sturgis est un sacré reportage gonzo. Anderson joue les reporters au plus gros rassemblement de bikers des Etats-Unis : c'est la foire aux monstres en quelque sorte, avec des gonzesses qui montrent leurs seins à tout bout de champs, une prostituée indienne qui fait ça devant tout le monde, des enchères pour un repas avec une fille, des Hell's Angels qui encadre Anderson... bref, des images, des sons, qui explosent à la gueule du lecteur.
Il y a aussi tout un passage plus personnel sur l'expérience de l'auteur à Hollywood aux côtés du légendaire John Milius. Et puis des souvenirs du VietNam, de la formation des Forces Spéciales, quand, pour s'aguerrir, on demandait aux recrues d'égorger un animal domestique, un lapin ou une chèvre???
On apprend également de très belles choses sur Anderson et sa relation avec les chevaux, une rencontre qui lui a, assure-t-il, vraiment sauvé la vie. " Les chevaux sont une métaphore de toutes nos tragédies... plus beaux, puissants et nobles que nous... et pourtant nos esclaves". Il y a là des lignes absolument formidables, d'une belle tendresse, d'une rare authenticité, où le soldat sans peur, le flic irréprochable, laisse apparaître sa capacité à s'émouvoir devant un magnifique étalon, devant un poulain qui commence à galoper. Au passage, on peut noter que dans ce recueil il évoque déjà un cheval qui s'appelle Champagne. Que l'on retrouve donc six ans plus tard dans Un soleil sans espoir. Comme on voit déjà un jeune black sur son vélo, avec la carte à jouer glissée dans les rayons de sa roue. Sans oublier, enfin, cette fixation sur les étoiles, les planètes.
Entre les lignes, mais aussi grâce à cette photo mythique où il pose devant la tombe d'Hemingway en compagnie de son ami James Crumley, on comprend qu'Anderson a été assez marqué par l'auteur de Pour qui sonne le glas. On le note par exemple dans ses "reportages" sur la tauromachie à Juarez, franchement très bien tournée, ou encore, et c'est mieux, sur son compte rendu d'un combat de coqs. Il y a des tripes, du coeur dans cette nouvelle, quelque chose de très puissant.
Pas de saison pour l'enfer est désormais un livre épuisé et rare. Parce que les éditions 13e Note ont mis la clé sous la porte peu de mois après cette publication. Un exemplaire de ce livre coûte au bas mot dans les 50 euros sur le net et d'occasion. Pour le bien des lecteurs francophones, il faut espérer qu'un éditeur se mette au boulot. Personnellement, je remercie mon ami bloggueur Yan pour le prêt de ce petit monument de littérature américaine.

Pas de saison pour l'enfer (trad. Nathalie Bru), ed. 13e Note, 331 pages, 23 euros.
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