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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Handsome Harry : la fièvre du braquage de banques

"Par dessus tout nous admirons le hors la loi. Qui a la force d'être sa propre loi". Avec cet incipit de Robert Duncan, poète de la beat génération, James Carlos Bake, dernier transfuge de Rivages, pose clairement les principes de son nouveau roman, Handsome Harry. Il ne s'agit pas de l'énième enquête d'un flic héroïque, non, on est bien dans les pas d'un bandit, avec, c'est vrai, ce brin de romantisme qui colle si bien à l'Amérique du début du XXe, entre mythologie du cow-boy, du tout est possible et des espaces infinis.
Handsome Harry c'est Harry Pierpoint, l'ami, le frère d'armes de John Dillinger, personnage qui a voulu rester très discret, médiatiquement s'entend, dans les braquages de la bande et qui, au final, reste donc assez méconnu. Blake choisit de lui redonner quelques lettres de noblesse, n'ayons pas peur des mots. Présenté comme un journal, ou comme un film, avec sa séance d'ouverture qui plonge le lecteur dans un flash back remontant au début du gang.
Harry, le beau gosse, déjà canaille mais très intelligent, braqueur de voitures avant de s'attaquer aux banques : "c'était fabuleux. Chaque fois c'était fabuleux. J'adorais le moment où on annonce le braquage et soudain tout devient plus clair, plus net et le monde semble tourner plus vite. On leur montre le flingue, on dit, Donne l'argent, et impossible de savoir ce qui va arriver la minute d'après." Ecrit à la première personne, Handsome Harry utilise la première personne pour témoigner sans filtre de la fièvre de Harry Pierpoint et de ses camarades pour les vols à main armée. L'adrénaline, l'excitation et l'argent bien sûr, dans un pays qui se remet difficilement de la Grande Dépression - on est en 1934 - : l'argent comme les bons boulots se font rares. C'est d'ailleurs pour cela que Dillinger et ses potes, comme aussi Bonnie Clyde qu'ils croiseront dans le Texas, bénéficient d'une certaine compréhension de la population. Pourtant, cela ne leur évite pas la taule. Et c'est d'ailleurs là que le gang va se construire, se souder, partager ses expériences. Et ces projets.
Mené à un rythme infernal, ce nouveau James Carlos Blake est riche de scènes d'évasion (ah les vrais et les faux pistolets en prison) et de braquages nerveux : cette sortie de la banque à Racine ! La fusillade à la sortie d'East Chicago ! Ce guichetier qui s'évanouit à St Marys ! Des sorties mitrailleuses Thompson au poing, gilets pare balles enfilés, otages sur le marche pied de la voiture. Ah les voitures ! L'auteur s'en donne à coeur joie : les fameuses Terraplane, la Ford T bien sûr, mais aussi les Plymouth, les Packard, les Chrysler, les Oldsmobile. La caisse, c'est la fierté du gangster depuis la nuit des temps, c'est sa seconde femme. Et en parlant de femmes, Mary, la compagne de Harry ou Pearl, celle de Dillinger, sont des personnages à part entière de cette histoire, des femmes qui agissent, des femmes qui se battent, qui hurlent, qui baisent.
Politiquement incorrect, Handsome Harry est un plaisir coupable qui reste toutefois, in fine, dans la morale. A la fois un témoignage sulfureux de la vie d'Harry Pierpoint et un éclairage sur le fonctionnement de ce gang, parmi les premiers à être aussi organisé, aussi fructueux. Et dangereux il faut bien l'avouer. Un petit régal.

Handsome Harry (trad. Emmanuel Pailler), ed. Gallmeister, 316 pages, 22, 60 euros

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