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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Marion Brunet en femme forte à Libri Mondi

Marion Brunet a huit ans. Ou peut-être neuf. Dans sa chambre d’enfant, du côté de Cavaillon, elle dévore Les trois mousquetaires. Elle trouve ça encore mieux que Jack London. Bientôt elle s’attaquera à Mark Twain…

Trente-cinq ans après, la romancière (« C’est mieux qu’écrivaine ! ») se souvient avec acuité de ses premières lectures, de ses plaisirs simples et entiers. Mais trente-cinq après, le cheveu toujours en bataille, allumant une première cigarette, elle se souvient aussi que « tous les romans étaient avec des héros masculins. Cela m’avait marqué. Pareil quand je regardais les westerns avec mon père : la femme ce n’était souvent qu’une potiche ».

Bim ! En 2019 son roman de littérature jeunesse, Sans foi ni loi (édition PKJ), met en scène Ab Stenson, redoutable hors la loi féminine dans le far west. Un carton critique et public. « Ab, c’est une femme qui a choisi de vivre totalement libre, de l’égoïsme pur. Au point d’abandonner sa fille. Si cela avait été un mec, on n’aurait pas réagi mais là c’est une femme ! L’impensable ! Je veux sortir la femme de ces schémas établis, répétés. » Ab comme Vanda (Albin Michel), personnage central et explosif de son dernier roman carrément noir, vivent des maternités compliquées.

Éducatrice spécialisée pendant 15 ans

Marion Brunet, proche, et ce n’est pas un hasard, de Nicolas Mathieu, se revendique féministe. Mais c’est sans trop de cris, de hurlements. « C’est une femme complexe, prévient Olivia Castillon, son amie, également redoutable attachée de presse. » Qui sait aussi toute la vérité qui se niche dans l’ambivalence de ses héroïnes, flamboyantes tout autant que tragiques, sur le fil. « Je n’ai pas à me plaindre à titre personnel, avoue-t-elle. Mais je sens bien qu’il faut encore un peu ramer pour parvenir à des droits vraiment égaux. Dans le monde du roman, les choses se sont équilibrées ces dernières années, avec des directrices de collection de grande qualité, des vraies romancières. »

Fille d’éducateur et éducatrice spécialisés, la jeune femme embrasse cette profession à son tour après sa maîtrise de lettres modernes entre Aix et Marseille. Pour son mémoire principal, elle écrit un roman. Continuité évidente de ses premiers écrits à 12 ans, de ses poèmes d’ado… Mais bon, pour l’instant, le métier auprès des plus fragiles la comble. En psychiatrie, en hôpital de jour, dans les foyers pour femmes, elle côtoie la précarité, la douleur. Jusqu’au jour où son premier manuscrit, pour enfants, trouve une oreille plus qu’attentive. Chez Sarbacane. L’éducation spécialisée l’a un peu usée au bout de quinze ans. Elle trouve l’énergie dans l’écriture. Et demande un congé sans solde.

« Nous vivons
une période trash »

« Depuis 2013, et avec le prochain titre qui sort en janvier, j’ai écrit dix romans… J’aime cette vie oui. Mon précédent métier m’a bien sûr appris beaucoup sur la réalité sociale, sur la situation, par exemple, des femmes de ménage qui sont au plus bas de l’échelle. Dans des galères inimaginables. Et c’est comme ça qu’est la vraie vie. Un personnage comme Vanda n’est ni une bonne ni une mauvaise mère. Elle est juste toxique, paumée dans cette société. Il faut bien se rendre compte que nous vivons une période trash, où tous les acquis sont détruits les uns après les autres. Et en première ligne, ce sont les femmes.  »

Des femmes inoubliables, blessées mais fortes, Marion Brunet en sème dans chacun de ses romans. Créant une véritable galerie non pas d’amazones mais bien d’être humains formidablement ordinaires. Son secret c’est de saisir le tragique, le dramatique dans une vie de tous les jours. Et pour être certaine de ses effets, elle se tourne toujours vers sa sœur, enseignante : « Je lui fais lire mes textes depuis longtemps. Et elle pleure chaque fois parce qu’elle trouve ça trop dur. C’est un peu grâce [elle] que j’ai découvert le pouvoir de la littérature. »

Romancière en pleine ascension, la Marseillaise d’adoption est l’une des très rares à s’être imposée en littérature jeunesse et en roman noir, dès L’été circulaire. Et tout ça est parti d’Athos, Portos et Aramis.

 

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