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The killer inside me

Littérature noire

Bethlehem, Texas : la force de Christopher Cook en dix nouvelles

Que fait Christopher Cook ? L'auteur texan multi-acclamé pour son chef d'oeuvre Voleurs n'a plus publié de ce côté-ci de l'Atlantique depuis 2004 et Langues de feu, chez Rivages, l'éditeur qui fut l'un des premiers, sinon le premier, a lui prendre Voleurs, quand une quarantaine d'éditeurs américains avait mis le manuscrit dans un tiroir. Il y a deux ans, Pierre Bondil, son traducteur avec lequel il s'est lié d'amitié, confiait que Cook était revenu s'installer du côté de Prague. Rien de plus depuis.
L'occasion donc de se plonger ou se replonger dans les dix nouvelles de Bethlehem, Texas. Les short stories, cet exercice dans lequel les Américains sont si forts, à la fois si précis et si libres.
Bethlehem c'est donc le nom de cette petite ville de l'Est du Texas, à la frontière avec la Louisiane. Un environnement qui a vu grandir Cook, dans les années 60, 70. Et un bout d'Amérique qui vit entre pick up, armes à feu, boulot dans l'industrie du pétrole plus au sud et bien sûr la religion. Surtout la religion. C'est-à-dire que les églises évangélistes, baptistes sont de partout. Tout le temps. Le titre original du recueil est d'ailleurs Le Christ de la porte moustiquaire et autres histoires. Et c'est vrai que cette nouvelle est tout simplement une merveille de folie, d'ironie. Voici une dame, donc, qui du jour au lendemain, trouve le visage du Seigneur sur la porte moustiquaire de la porte arrière de sa maison. Ni une ni deux, le pasteur s'agenouille, suivi par les fidèles de la ville, du comté, de l'Etat et de tout le pays. Un remue ménage, pour ne pas dire un vrai chaos, qui voit, par exemple, le potager, le jardin de la pauvre dame réduit en poussière, elle qui n'a même plus la possibilité de vivre tranquillement, dépossédée de son arrière-cour.
Bien sûr que Christopher Cook dénonce l'ultra religiosité de ses semblables, comme dans Hérésies, lorsque différents boss de cultes se réunissent pour discuter sur l'homosexualité, un cénacle forcément mis sous haute sécurité face aux manifestations d'intégristes... La plume de l'auteur ne se prive toutefois pas d'une grande bienveillance face à ses humains pris entre mille contradictions. On garde longtemps en souvenir le rôle de Jasper, ce concessionnaire Ford, qui lâche son affaire à sa fille, véritable sainte qui aide les noirs de la ville à acquérir enfin une voiture. Et puis dans Star Man, il y a Luther, un soir de Noël, dans un diner, avec deux amis ouvriers, qui joue avec l'enfant handicapé de la serveuse. Et ce monsieur Collins, pauvre homme, en galère, qui sollicite un prêt pour changer une pièce de son vieux pick up (Un tintement de cymbales).
Bethlehem, Texas, plus de quinze ans après sa parution, conserve sa puissance littéraire tout comme il fait oeuvre de sociologie, donnant à lire cette Amérique de l'intérieur, bien avant la mode du rural noir, bien avant aussi l'oeuvre de Pollock dont on retrouve ici quelques fondements. Il y a aussi cette langue paysanne parfaitement retranscrite dans les dialogues, quelque chose qui râcle, des mots peu nombreux mais qui portent, qui disent aussi ce coin de Texas.
Le recueil devait faire l'objet d'une adaptation, sur le petit ou le grand écran. Tout comme Voleurs dont les droits on été achetés il y a plusieurs années.

Bethlehem, Texas (Screen door Jesus and other stories, trad. Pierre Bondil), ed. Rivages, 301 pages, 8 euros
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