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The killer inside me

Littérature noire

Presqu'îles : l'art subtil de la nouvelle

C'est coton la nouvelle. Les pros de l'écriture disent bien souvent que c'est plus ardu que le roman, plus direct, plus vrai, plus casse-gueule aussi sans doute. Les Américains y excellent. Les Français beaucoup moins. Exceptions faites par exemple de Marc Villard, récemment, avec La fille des abattoirs, lui qui mène une splendide collection de novella chez Polaroïd. Mais il y a eu aussi Marcus Malte (Fannie et Freddy) dans ce format de petites histoires  où il s'est montré plus d'une fois à son avantage. Pour être honnête, il faut rappeler Les derniers retranchements d'Hervé Le Corre. Et la transition est faite parce que ce dernier écrit la préface de son ami Yan Lespoux, qui sort ici ses premiers écrits. Soit une trentaine de nouvelles (Agullo, une petite table des matières à la fin pour se repérer dans les nouvelles, c'est bien) de deux à dix pages, toutes ancrées dans son Médoc. Et c'est là que ça fouette. Parce que, bon, sa terre natale c'est quand même une belle terre d'aventures. Oui. Une belle terre d'hommes également. Du poivrot à vélo, au surfer qui bastonne le rasta blanc (mmmmm...), en passant par les chasseurs de canards, les voleurs de weed, Lespoux nous peint un monde fort, parfois drôle souvent tragique, toujours émouvant. Il faut lire cette dernière et déchirante nouvelle, Enterrement, quand le narrateur retourne dans son village et se retourne sur lui-même. Même quand il y a de l'humour (malheureux Bordelais, Charentais !), c'est toujours avec un sourire en coin et/ou un oeil un peu embué.
Et l'auteur ne se prive pas de moquer la crasse bêtise de ses semblables, le racisme décomplexé ("quand il a fini son verre et qu'il s'en va, il y en a toujours un pour dire qu'il est sympa, l'Arabe, pour un Arabe"), la boboisation galopante ("professeurs de yoga vendant des cours collectifs en forêt pour mieux se connecter à la terre"). Mais sans se placer au-dessus, non, il se range parfois au même niveau, se désole de ce temps qui passe et n'arrange rien. Il peut aussi se montrer d'une géniale malice, adepte d'une mécanique huilée, comme dans Sécurité Routière.
La référence aux standards américains n'est pas anodine ici, tant il fait preuve d'une économie de moyens : pas de psychologie outrancière, pas de style appuyé, pas d'adjectifs indigestes. Lespoux raconte de bonnes histoires et sait les raconter. Avec, il est vrai, un certain sens de la chute. Attention il ne s'agit pas d'un recueil sur le Médoc. Même pas sur le France. Presqu'Îles parle vraiment du monde, de l'industrie du tourisme qui pourrit tout, des conneries de jeunesse, des bières que l'on partage, des faits divers universels, de l'océan, des forêts, des champignons. L'humanité aujourd'hui quoi.

Presqu'ïles, ed. Agullo, 185 pages, 11, 90 euros
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P
J'aime bien les éditions Agullo, je note, merci pour la découverte !
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