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The killer inside me

Littérature noire

Le cercueil de Job : sang et parfum de poudre au Tennessee

A cette époque-là, les capacités ou l'instinct qui avait qualifié son père pour un travail souterrain s'étaient dissous dans la pellicule chaude et luisante qui tapissait les verres à whisky vides qu'il alignait sur le bar devant lui." Lance Weller, au milieu de la fumée des fusils, des incendies de campement, des fuites dans les bois ou à travers les champs, a des instants de pure poésie qui tétanisent presque. Sa plume trouve alors une grâce incroyable et le récit prend quasiment des dimensions épiques, les couleurs d'une aventure antique. Pourtant dans le passage précité, l'auteur parle tout de même d'un sale mec qui a torturé des esclaves noirs, dont le père de l'héroïne du Cercueil de Job, sous les yeux de celle-ci. L'obligeant même à s'accrocher à ses jambes lors de la pendaison du père.

Troisième roman de Lance Weller, pas encore publié aux Etats-Unis, Le cercueil de Job cultive toujours la terre ensanglantée des batailles de la Guerre de Sécession. Le lecteur passe ainsi par Shiloh et le massacre de Fort Pillow. Mais ces deux épisodes tragiques sont apportés à la fois par Bell Hood et ses compagnons de fuite, Dexter et June, et par Jeremiah Hoke, fils de l'infâme  bourreau d'esclaves, devenu soldat confédéré par négligence ou presque, et à la recherche de sa rédemption. Deux chemins distincts entre 1862 et 1864, dans les contreforts du Tennessee, avec leurs lots d'espoirs, de douleurs, de moments d'humanité aussi.
Il est question de sang versé, par les soldats, par les noirs terrifiés, lynchés. Il est question de la faim. De la douleur de courir sans chaussures. Du froid. C'est une période où l'Homme est retourné à une sauvagerie, à des instincts primaires de survie.
Roman énergique, menée par cet être incroyable qu'est Bell Hood, c'est aussi un roman truffé d'informations, témoignant du travail d'archives, tout comme d'observation puisque Weller s'est rendu sur les lieux, qui donne ce sentiment historique. Ainsi la constellation qui donne son nom au livre, formant un losange, était suivie par les esclaves en fuite pour trouver le Nord. Et l'auteur de glisser entre les pages quelques techniques qu'avaient les Noirs pour se repérer, fuir, un clou dans un arbre, une couverture sur un balcon...
Roman passionnant, foisonnant, Le cercueil de Job souligne bien sûr à quel point, encore plus au Tennessee, état très partagé pendant ce conflit, il n'y avait pas les bons d'un côté, les méchants de l'autre. Bien sûr la bande de Forrest, sanguinaire officier confédéré, apparaît dans toute sa barbarie, mais les Yankees chargés de prendre les esclaves en fuite et de les remettre à leurs propriétaires ne valaient guère mieux. Ambitieux et brillant.

Le cercueil de Job (Job's Coffin, trad. François Happe), ed. Gallmeister, 465 pages, 25 euros
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