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The killer inside me

Littérature noire

Le maître américain : Fabrizio Gatti ne tient pas toutes ses promesses

En 2014, Fabrizio Gatti, grand reporter italien, publiait Au nom de la mafia, passionnant récit de l'implication de la N'Drangheta au plus haut niveau de l'Etat italien, sur la base du témoignage d'un commissaire de police. Le maître américain démarre de la même façon, avec le témoignage d'un agent de terrain de la CIA qui s'épanche auprès de l'auteur, à l'ombre d'une statue de Moïse au coeur de la basilique San Pietro in Vincoli, à Rome. Les entretiens avec ce Simone Pace, ex fonctionnaire de police, entré plus tard au serivce de l'ONU vont se dérouler sur plusieurs jours. L'espion va raconter, presque par le menu, son enrôlement et ses missions au mitan des années 80 jusque dans les années 2000. Le maître américain, c'est presque du John Le Carré, du Sydney Pollack. Presque parce que Simone Pace raconte non pas une histoire mais des histoires. Celles des opérations de la CIA, d'abord en Italie. Et là, c'est vraiment passionnant. La façon dont les services américains se sont intéressés d'abord à la Démocratie Chrétienne puis au gouvernement Berlusconi, surtout en jouant, semble-t-il un jeu assez trouble, lors des attentats de mai 1993. Coup de main à la mafia qui vient de voir Toto Riina tomber ? Volonté de semer le trouble pour installer Berlusconi ? Simone Pace participe en tous les cas, même indirectement, à fournir des informations, à jouer parfois les coursiers. Il ira même plus loin au début des années 90 lorsqu'il s'agira d'éliminer, avec les services secrest israëliens, un ingénieur s'apprêtant à vendre un nouveau type de canon longue portée aux Irakiens...

Mais Le maître américain s'essoufle à la moitié du récit. D'abord parce que c'est, finalement, une longue suite de missions, parfois fastidieuses sur la longue description des rendez-vous, le physique et la garde robe des contacts..., ensuite parce que Simone Pace se rend en Israël et que, là, sous les couleurs de l'ONU son témoignage devient un soupçon mièvre. On sent que l'agent ne prend position ni pour les Palestiniens, ni pour les Israëliens avec un questionnement un peu léger, "est-ce que le pays connaîtra un jour la paix ? Qui a raison ? Qui est la victime et qui est le bourreau ?" De tels états d'âme chez un agent de la CIA sonnent faux pour ne pas dire fabriqués. Et le lecteur en vient à douter de la sincérité du témoignage de ce Simone Pace. Le roman s'embourbe d'ailleurs dans une romance avec une agente d'orgine algérienne qui finit de décevoir.  Il y a bien un sursaut d'action, de tension, avec une jeune russe mais c'est insuffisant. Le maître américain se conclue assez maladroitement sur cette histoire d'amour et, d'un témoignage cru, direct, se transforme en James Bond à la petite semaine. Vraiment dommage. La présence de la CIA, son activisime ne sont pas franchement un scoop. Mais il aurait fallu un peu plus de biscuit à Fabrizio Gatti pour réellement faire vibrer.

Enfin, il y a un doute sur le mot trolley dans la traduction. Simone Pace utilise un trolley pour voyager... c'est-à-dire une valise à roulettes ? Le détail bête qui fait tiquer.

Le maître américain (Educazione americana - il romanzo che nessun agento della CIA ha mai potuto scrivere, trad. Jean-Luc Defromont), ed. Liana Levi, 460 pages, 22 euros
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J
Pas de souci! Et bravo pour votre blog. Bonne journée.
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J
"Une valise trolley c’est tout simplement une valise qui est composée de deux à quatre roues, mais aussi (et surtout) d’une poignée permettant de la tirer aisément, sans forcer !" Tiré de https://www.ma-valise-voyage.fr/choisir-une-valise-trolley/#:~:text=Une%20valise%20trolley%20c'est%20tout%20simplement%20une%20valise%20qui,d%C3%A9placent%20de%20temps%20en%20temps.
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T
Merci Jean Luc,
je m'en doutais un peu mais comme c'est un terme que je n'utilise jamais, plutôt une valise à roulettes, j'étais un peu, disons, intrigué.
Bonne soirée