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The killer inside me

Littérature noire

les rêves qui nous restent : bienvenue dans un futur de chaos

C'est pour ça que ce monde est un monde de lâches, parce que c'est le gêne de la peur qui nous a permis de survivre en tant qu'espèce. C'est ceux qui sont restés au fond de la caverne ou en haut des arbres qui ont survécu. Alors que presque tous les braves ont été dévorés par les tigres à dents de sabre."

Boris Quercia revient avec les rêves qui nous restent (pas encore édité dans sa langue d'origine), un texte de science-fiction qui séduira ceux qui l'ont adulé comme auteur de polar. Santiago Quinones étant mort et enterré après une trilogie, il est vrai, particulièrement épuisante pour son âme et son corps, l'auteur chilien signe son retour par le biais de Natalio... un personnage de flic dépressif dans les années futures. Le jour où Boris Quercia signera un roman feelgood n'est donc pas arrivé. Tant mieux.

Dans la City vivent les classes dominantes du pays, ceux qui ont la chance d'avoir un bon poste. Au moins pas trop mauvais. C'est encore le cas de Natalio. Même s'il est flic classe 5 il a pu garder son appart. Hors les murs, c'est la jungle, la misère, la violence. Et des syndicalistes qui cherchent à renverser cette société. Justement, Rêves Différents vend des années de sommeil bienheureux et gratuit à ceux qui le souhaitent. Une parenthèse pour ceux qui n'en peuvent plus de ce monde. En échange de quoi, l'entreprise prélève un peu d'ADN, histoire de rallonger l'existence des plus fortunés. Or, Rêves Différents a été infiltré par des personnes sous fausses identités. A l'extérieur de la City, le peuple est sur des charbons ardents, il ne s'agirait pas que la prospère compagnie de dodo toxique soit en péril. Natalio est donc chargé de trouver qui s'immisce ainsi parmi les clients dormeurs. Il sent le piège. Parce que l'homme est lucide. Lors des incidents d'Oslo, il y a quelques années, les robots du quotidien sont partis en sucette, les humains se sont transformés en psychopathes, tuant, massacrant, leurs proches. Il est passé par là : sa femme s'en prenant à leur fils unique, avant de sombrer dans la démence. Alors, oui, il va mener l'enquête. Son vieux modèle d' "électroquant", nom commun pour ses androïdes tellement humains, semble lui se réveiller à une forme d'humanité, semble prendre conscience de sa fragilité, de son passé aussi.

Le thème des robots humanisés est évidemment cher à la science fiction depuis des décennies. Ici, Boris Quercia le traite avec intelligence, par le biais des réflexions internes de cet électroquant.  Mais l'auteur ajoute à cela, la main mise d'une société de loisirs omnipotente, destructrice non seulement de l'humanité mais aussi de la planète. On reste donc dans les considérations sociales que l'auteur affectionne mais aussi dans des questions plus larges de société, de choix. Sans être dogmatique, mais tout de même assez dépressif, Boris Quercia poursuit une oeuvre noire. Qu'elle se déroule au XXIe siècle. Ou au XXVe.

Hommage à Isabel Siklodi, parfaite traductrice des premiers romans de l'auteur, disparue l'an passé.

les rêves qui nous restent (trad. Isabel Siklodi et Gilles Marie), ed. Asphalte, 196 pages, 20 euros
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