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The killer inside me

Littérature noire

Et si Maurice Bavaud avait réussi son coup en 38...

Au tout début de la Seconde Guerre Mondiale, Adolf Hitler fait interdire la pièce de Schiller, Guillaume Tell, pourtant appréciée tant du régime nazi que du peuple allemand. Mais le Führer en a décidé ainsi et très peu sont au courant des vraies raisons. Alors que les premiers partisans du Reich voyaient dans cette oeuvre une exaltation à la libération d'un peuple, Hitler, en 43, estime que c'est un appel au terrorisme. Pourquoi ? Parce qu'il a échappé il y a quelques mois à un attentat... perpétré par un jeune homme, suisse qui plus est. Un certain Maurice Bavaud que l'Histoire a englouti comme une presque anecdote, un fait mineur, un accident. Jean-Baptiste Naudet, grand reporter à L'Obs, en a décidé autrement et retrace, après moult recherches et témoignages, le parcours de ce fervent catholique, née de famille modeste à Neuchatel.
Seul pour tuer Hitler en dit tellement dans son titre. Quand on se souvient des vastes complots pour éliminer le Führer, par des officiers allemands, par des Résistants français ou même des armées alliées, on peine à croire l'histoire de Maurice Bavaud, parti, quasi tranquillement en train de sa Suisse pour abattre le dictateur où qu'il soit. Et son choix se porte à Munich, à la fin de l'année 38, où Hitler doit parader pour rendre hommage à ceux qui sont morts lors de la tentative de putsch en 1938. Bavaud est à moins de dix mètres de sa cible, le doigt sur la gâchette de son pistolet de petit calibre, il sait qu'il ne réchappera pas à la foule s'il va au bout... mais c'est justement cette foule, involontairement, qui va l'empêcher d'aller au bout. Qu'importe, il ne désespère pas et va suivre celui qui quelques jours plus tard déclenchera la Nuit de Cristal à laquelle assistera, dévasté, l'infortuné helvète.
Jean-Baptiste Naudet ne prétend pas sortir un scoop avec ce récit de non-fiction mais bien rendre un hommage à un véritable héros oublié qui aurait littéralement changé la face du monde au siècle dernier. Dans la fameuse série " Et si...", on peut se demander ce qui serait arriver si Bavaud avait réussi son coup. L'auteur, outre, une reconstitution minutieuse du périple et des rencontres du jeune suisse, s'offre quelques apartés, parfois jubilatoires, comme celle sur le bourreau : "avec le surcroît de "clients", Willi Röttger travaille désormais tous les jours (sauf le dimanche et les jours fériés). Dès l'aube blanche, jovial et détendu, il étête en série avec une étonnante célérité et une charmante bonhomie, la clope au bec en permanence. Tranchant les chefs avec nonchalance mais diligence, décapitant en faisant des plaisanteries grasses, il traîne souvent mais se montre toujours de bonne humeur". Plus sérieusement, Seul pour tuer Hitler pointe du doigt d'abord la couardise de l'Etat suisse en 1938, voire la complicité de son ambassadeur en Allemagne, puis son amnésie quand il s'agira de saluer la mémoire de Maurice Bavaud. Lequel avait un complice en Bretagne, proche de la famille Pinault, qui ne fut pas plus reconnu par l'Etat français. Au final, un vrai bon texte historique qui remue un peu les tripes.

Seul pour tuer Hitler, ed. Novice, 163 pages, 17, 90 euros
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