Littérature noire
3 Avril 2011
Grâce au terrible dessin animé Dora l'exploratrice, on sait tous, ou presque, ce qu'est une pinata. Cet objet (cheval, taureau, poulet ou autres) en carton dur, suspendu, qu'un enfant fracasse lors d'une fête pour en faire sortir petits jouets, pétards et friandises... Lado est Mexicain lui aussi. Mais il est plus méchant que Dora. Dans sa pinata il a mis un homme qu'il bat à mort pour faire parler son complice, assis en face de ce spectacle. Lado, c'est un des personnages forts du dernier Don Winslow, Savages. Autant faire court : ce livre est un western moderne.
Ben et Chon vivent au sud de la Californie et se la coule douce en vendant leur hydro, une herbe surpuissante, savamment dosée, sorte de Saint Emilion Grand Cru de la marijuana. Pour ne rien gâcher, ils ont cette beauté typique des Californiens, élevés sous ce beau soleil, avec ce corps rompus aux parties de beach volley. Et enfin, ils ont une petite amie commune, O, totalement délurée. Mais pas sotte. Winslow construit donc ce camp-là avec attention, organisant la pe'rsonnalité de chacun avec minutie : Ben est le fils d'un couple de psys, il analyse tout mais en meême temps, dès qu'il peut il s'enfuit au Darfour, en Birmanie pour sauver des peuples malheureux. Chon est un ancien soldat du Seal, traumatisé par l'Afghanistan.
Face à eux, dans le camp qui veut mettre la main sur ce juteux bizness : Lado, donc. Lado est un surnom venant de Helado : glacé. Ce lieutenant mexicain du cartel de Baja n'a pas d'état d'âme, une maîtresse coiffeuse,une femme peu consentante et une sacrée droite. A la tête du cartel de Baja, Elena Sanchez Lauter, dame de fer qui commence à se lasser de sa vie de violences, de guerillas avec les autres cartels latinos qui veulent lui manger toutes ses parts de gâteau gagnés dans le sang pendant des décennies...
Winslow, dans une langue extraordinaire, à la fois de la rue mais aussi très fine, très documentée, peint la vie du côté de la frontière mexicaine, entre les zones protégées des notables, les barrios et leurs immigrés, soit soumis, soit voués au trafic. Avec, au milieu, le DEA, totalement inefficace quand il n'est pas corrompu. Moins puissant que La griffe du chien, ce Savages va tout de même à 100 à l'heure et multiplie les scènes d'anthologie avec un final riche en plomb et en larmes. Oliver Stone, qui est toujours en panne d'idéees, a déjà acheté les droits du livre. Espérons qu'il ne gâche pas le rythme de ce polar ultra tendu.
Savages, Don Winslow, 326 pages, éditions du Masque