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The killer inside me

Littérature noire

James Lee Burke dans L'Apocalypse de Katrina

James Lee Burke dans L'Apocalypse de Katrina

Nouvel opus du grand James Lee Burke, La nuit la plus longue. Le 16e qui a pour héros son inspecteur Dave Robicheaux, alias Belle-Mèche, figure emblêmatique du sud des States, de la Louisiane et de sa petite ville de New Iberia. Ce roman est sorti en 2007 aux Etats-Unis, soit deux ans après l'ouragan Katrina, avec un certain impact. En France, six ans après les faits, la force du verbe de James Lee Burke a gardé sa puissance, son dégoût de l'injustice. Alors c'est vrai que l'emprise du décor apocalyptique sur ce polar fait passer l'intrigue au second degré. Pourtant celle-ci n'est pas dénuée d'intérêt. On est aux premières heures après Katrina, quatre jeunes voyous blacks parcourent les villas abandonnées de la Nouvelle-Orléans pour les piller. Mauvais donne, ils s'attaquent à la maison d'un mafieux local. Et pour double peine, une balle de 30.06 charchute deux de ces glandeurs... L'enquête n'est pas simple. Et Clete Purcell, l'ami détective privé de Robicheaux, va encore distribuer les mornifles...

Parfois on se dit que James Lee Burke écrit un peu toujours de la même manière. Certains amateurs peuvent trouve cela lassant. Ce n'est pas mon cas, je lui ai trouvé un petit coup de mou avec L'emblême des croisés, il y a deux ans mais sans plus. Sa peinture de la Louisiane en fait un des grands auteurs américains contemporains, un témoin d'une société riche en culture qui perd, elle aussi, ses repères et s'enfonce dans les trafics, la violence. Il y a d'ailleurs cette phrase riche de sens : " vous pensez vraiment que vous pouvez arriver dans une petite ville du Sud, vous essuyez les pieds sur les gens et rentrer chez vous sans vous attirer d'ennuis ? Vous pensez vraiment que le sud a changé à ce point ? "

Et Robicheaux n'est pas le dernier à prêter le flanc aux excès, ici encore : face à un Diable (Ronald Bledsoe) qui rôde autour de sa fille lui viennent des envies de meurtre, des pulsions grégaires qu'il justifie sans états d'âme. De même, l'un des principaux suspects du tir sur les pillards trouve un brin de compréhension chez Burke. Mais c'est encore Clete Purcell qui répond à tous les fantasmes de vengeance de l'auteur. Ce sacré Clete, masse de bonté et de pétage de plomb, se livre à une baston mythique dans les toilettes d'un casino avec un ancien Marine, expert en karaté. Une violence qui fait écho au chaos semé par Katrina. Et qui provoque un retour de flamme chrétienne chez James Lee Burke, déjà observée lors de La descente de Pegase. Il y a une forte ambiance de rédemption tout au long du livre, côtoyant les visions d'Apocalypse absolument hallucinantes. On sent que James Lee Burke a été retourné, plus par l'attitude du gouvernement américain en fait que par Katrina. " Je laisse à d'autres le soin d'expliquer l'absence d'entretiens des digues avant Katrina et l'abandon de dizaines de milliers de personnes à leur destin. Mais, selon moi, il reste un fait irrévocable : on a vu une ville de la côte Sud des Etats-Unis devenir une autre Bagdad. Si cette situation a un précédent dans notre histoire, il m'échappe. "

Un livre fort, toujours aussi humain, qui a presque valeur de documentaire.

La nuit la plus longue, James Lee Burke, ed. Rivages, 474 pages, 22 euros.
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