Littérature noire
21 Août 2011
Donc, l'été. Et donc l'occasion de refaire son retard sur des lectures laissées trop longtemps de côté. Grand amateur de feu Tony Hillerman, j'ai beaucoup lu les critiques, les blogs traitant de Craig Johnson, qui, aujourd'hui, a trois polars à son compteur chez Gallmeister. D'ici peu (et ici même), vous pourrez vous faire une idée de ce qui vous attend avec cet auteur qui s'attache à dessiner des personnages précis, profonds, le tout dans une fausse ambiance tranquille. On n'atteint peut-être pas les sommets du genre mais Craig Johnson sait marier les grandes chevauchées contemplatives avec des affaires plus sordides, mêlant la pureté originelle de Dame Nature et la corruption de l'âme humaine. Vaste thème au coeur de Little Bird où tout commence par le viol d'une belle et jeune indienne handicapée...
Dans cette affaire, le shérif Walter Longmire a tout fait pour que les petits crétins blancs responsables de cet acte soient punis. Mais par un de ces mystérieux biais dont la Justice a le secret tout autour de cette planète, le quatuor s'en sort quasiment sans condamnation. Au Wyoming, dans le comté d'Absaroka, où vit une forte communauté Crow, il serait étonnant toutefois qu'une certaine forme de vendetta ne surgisse pas. Un premier gamin est ainsi retrouvé deux ans plus tard, abattu par une arme de gros calibre, un Sharp, fusil rare et extrêmement puissant. Longmire, avançant pas à pas dans son enquête, accompagné de son ami Henry Standing Bear, de son adjointe Vic va tenter de protéger les trois autres garçons. Craig Johnson dégaine alors une scène de tempête de neige dantesque où ce brave shérif se bat contre les éléments, soutenus par des visions incroyables de cheyennes. Un morceau d'anthologie.
Bien sûr, Walt Longmire, veuf, approchant de la retraite et dont la fille travaille comme avocate à Philadelphie, n'est pas le personnage le plus original de la galerie polars. Craig Johnson arrive pourtant à insuffler une vraie différence dans ce personnage, bougon, emprunté et précieux en amitié. C'est sa complicité avec les Indiens qui le rend si spécial. Il ferait presque penser au Dale Cooper de la série Twin Peaks. Little Bird remplit parfaitement son contrat, à savoir retrouver le sel de Tony Hillerman avec une touche en plus. Prochaine étape, son deuxième livre : Le camp des morts.
Little Bird, ed. Gallmeister, 422 pages, 10 euros.