Littérature noire
19 Juillet 2012
Troisième enquête de Jack Taylor, Le martyre des Magdalènes, poursuit talentueusement la veine de ses prédécesseurs : Galway, ses pubs, sa petite vie de province, ses secrets dégueulasses, ses mesquineries mais aussi ses enfoirés, ses criminels. Notre Jack Taylor national ne va pas mieux, il essaye de faire bonne figure mais sa dépression semble peser aussi lourd que dix tonneaux de Jameson. Et, manque de bol, il doit un double service à Bill Cassell, le caïd du coin. C'est sûr les aventures de Jack Taylor sont parmi les meilleures du genre.
Parce que le style n'est jamais linéaire, on ne voit pas cet ancien flic passer d'interrogatoires, en bagarres, encore moins en scène de fusillade. Taylor est un privé, en proie à la toxicomanie la plus violente, il boit, il prend des cachets, de la coke, fume clope sur clope... alors les enquêtes ! C'est un peu le dernier de ses soucis. Le lecteur, lui, se plaît à partager ce regard de Jack sur la société, amer, dépité et aiguisé : " au moment où je quittais le café, lepropriétaire me dit : Ciao. Je ne répondis pas. Je n'étais pas d'humeur à renforcer l'unité européenne. "
Quoique cette fois, il doit bien renvoyer l'ascenseur à Bill Cassell et se mettre au boulot, il en va de son intégrité physique. Pour cette ordure, il se met en quête de Rita Monroe, une laïc qui aidait les filles-mères ou abandonnées et martyrisées par les soeurs dans un couvent en forme de centre pénitentiaire. On se souvient sans mal du terrible film de Peter Mullan, The Magdalene Sisters. Mais Ken Bruen va moins loin dans la démonstration, le couvent étant fermé, il use de quelques légers flash backs très explicites, laissant percer sa colère contre ce catholicisme roi de l'omerta. Et puis, toujours, ce que l'on aime chez Bruen, c'est sa volonté de citer ses pairs, les Ellroy, Robin Cook, Pelecanos, sans oublier Flaubert ou Soljenitsyne. Comme un coup de chapeau fraternel.
Le martyre des Magdalenes ne connaît aucune faiblesse de rythme et participe à la statue que l'on devra un jour élever à Ken Bruen.
Le martyre des Magdalenes, ed. Folio, 366 pages, 7 euros.