Littérature noire
14 Août 2012
Les auteurs de polar sont-ils d'indécrottables rétrogrades ? On les surprend, plus que de raison, à regretter le bon vieux temps, celui où les gens se disaient bonjour, quand leur ville avait encore tout ses monuments, ses ruelles, lorsque la vie était, disons, plus simple. Avec La main droite du diable, Ken Bruen se laisse aller à ces réflexions, avec un soupçon d'amertume et beaucoup de fatalité. Dans cette 5e aventure donc, Jack Taylor sort tout juste de plusieurs mois d'internement psychiatrique, vidé et se retrouve propulsé dans une réalité sans pitié : son meilleur ami Jeff est devenue clochard, sa logeuse, Mme Bailey, a passé l'arme à gauche... Le seul truc qui peut encore le faire sourire, c'est qu'un prêtre vient de se faire étêter!
Bruen, on le sait au moins depuis Le martyre des Magdeleines, n'a jamais porté le catholicisme dans son coeur, tout en reconnaissant qu'il fait partie de l'ADN de chaque Irlandais. Il y a ainsi dans l'Eglise quelque chose d'incontournable, qui a façonné toute la vie de ce pays et ce depuis des siècles. On ne peut oublier que la foi catholique est ce qui a opposé les Irlandais et leur envahisseur anglais. Un prêtre, accusé de pédophilie, qui se fait décapiter, ce n'est finalement que le signe de ce que l'auteur appelle cette " Nouvelle Irlande ", ce pays qui change, que l'on appellait, avant la crise attention ! , le Tigre Celtique. " Personne ne meurt par balle à Galway, je veux dire, c'est quelque chose qui n'arrive pas. Pas encore, en tout cas. Nous allons paraît-il, bientôt avoir droit à un Starbucks, donc tout est possible, mais les échanges de coups de feu, non..."
Taylor se penche évidemment sur cette affaire de prêtre décapité. Surtout, un jeune gamin, Cody, veut faire équipe avec lui, un petit bonhomme de Galway qui a pris Taylor pour père supplétif et décide d'enquêter avec lui. Ken Bruen écrit là des lignes magnifiques sur la non paternalité, sur ce que ressent un homme lorsqu'il n'a pas d'enfant. Son vieux Jack Taylor devient encore une fois très touchant, retissant l'histoire qu'il a eu avec son père, tentant de la recréer avec ce Cody.
Au cours de la lecture, on se surprend à dire, " mince, c'est encore un Jack Taylor, dépressif, rien de neuf..." et puis le talent de l'auteur emporte la mise. Encore un polar qui éclaire.
La main droite du diable, édition Folio, 376 pages, 7, 50 euros.