Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
The killer inside me

Littérature noire

C'est déjà Noël ! Deux livres de Jérôme Ferrari dans une même chronique

C'est déjà Noël ! Deux livres de Jérôme Ferrari dans une même chronique

On ne va pas raconter sa vie mais, bon, c'est le beau-frère qui m'a dit que Le sermon sur la chute de Rome ne pouvait bien s'appréhender qu'après avoir lu Où j'ai laissé mon âme... Vous aurez compris que l'on parle ici de Jérôme Ferrari, Goncourt 2012 pour le premier. Et comme l'enseignant de philosophie nous rend visite ce mercredi, pour une grande rencontre dans le théâtre de Bastia (on attend au moins 500 personnes), on n'allait pas se pointer sans avoir lu une partie de son oeuvre. Et bon sang, Jérôme Ferrari, ça dépote. C'est une plongée dans les vertiges sombres de l'humanité : les faiblesses coupables, l'ignominie individuelle, les arrangements avec la morale et la déliquescence lente et inéluctable de l'Occident...

française durant la guerre d'Algérie. Le second a connu la 2nde Guerre Mondiale, le premier était trop jeune mais tous deux se sont retrouvés en Indochine, à Dien Bien Phu. Puis, donc, dans la pétaudière algérienne. Leur affrontement, et l'affrontement de leurs âmes, va se faire autour d'un prisonnier : Tahar, chef de l'ALN, que Degorce respecte au-delà de la raison. Sans doute pour sa droiture, celle qu'il n'a jamais eu. Andreani n'a pas ses, justement dénommés, états d'âme : Tahar est un terroriste, responsable de la mort de civils. Ferrari, dans un très habile jeu chronologique, laisse les deux hommes s'épancher. Andreani comme Degorce sont l'illustration d'un monde qui s'effondre, de l'héroïsme vain, du patriotisme surrané. Mais alors que reste-t-il de soldats, sans drapeau et sans combats ?... Rien, sinon l'oubli, pour Degorce, et les tribunaux pour Andreani.

Le sermon sur la chute du Rome reprend le personnage de Degorce, en transparence. Il s'agit plus de la vie de son neveu, Mathieu. Et du meilleur ami de ce dernier, Libero. Encore un duo donc. Et encore des rêves. Assez patriotique là aussi. Leur terre, leur Eden, leur conquête, c'est le village, en Corse-du-Sud. Tous deux lâchent leurs brillantes études de philosophie et reprennent un bar, microcosme là encore d'un univers qui tombe en poussière. Ils aimeraient bien vivre comme dans leurs rêves : simplement, naturellement, convivialement. Mais la perversion guette. Le fric, un peu, les femmes, pas mal. Mais la bêtise surtout. Et la violence enfin. Cette même violence qui dévasta Rome au début du Ve siècle...

L'écriture de Ferrari est facile mais exigeante. Son style est fait de phrases hyper longues, incroyablement structurées, de dialogues météoritiques et de références historiques, religieuses, toujours savoureuses. Sans oublier une certaine propension à raconter tous les fluides qui courent dans notre corps... Pourtant Le sermon sur la chute de Rome va moins loin dans l'introspection que Où j'ai laissé mon âme, véritable Nautilus du tourment humain, qui va chercher loin les démons qui nous hantent. Mais il est vrai que les deux romans vont parfaitement ensemble, pas tellement dans leur suite narrative, mais dans leur approche de cette même idée, d'un Occident, paré des plus grandes vertus, mais qui se meure désormais. Une idée que je partage largement mais c'est loin d'être général. Preuve en est, à l'automne dernier, toute l'Europe avait les yeux rivés sur la réélection d'Obama, alors que la 2e puissance mondiale, la 1re demain, installait le peu charismatique mais autrement plus puissant Xi Jinping...

On a hâte de poser ses questions à cet auteur ultra doué et surtout hâte de lire son prochain roman.

Où j'ai laissé mon âme, édition Actes Sud, 154 pages, 17 euros.

Le sermon sur la chute de Rome, édition Actes Sud, 202 pages, 19 euros.

française durant la guerre d'Algérie. Le second a connu la 2nde Guerre Mondiale, le premier était trop jeune mais tous deux se sont retrouvés en Indochine, à Dien Bien Phu. Puis, donc, dans la pétaudière algérienne. Leur affrontement, et l'affrontement de leurs âmes, va se faire autour d'un prisonnier : Tahar, chef de l'ALN, que Degorce respecte au-delà de la raison. Sans doute pour sa droiture, celle qu'il n'a jamais eu. Andreani n'a pas ses, justement dénommés, états d'âme : Tahar est un terroriste, responsable de la mort de civils. Ferrari, dans un très habile jeu chronologique, laisse les deux hommes s'épancher. Andreani comme Degorce sont l'illustration d'un monde qui s'effondre, de l'héroïsme vain, du patriotisme surrané. Mais alors que reste-t-il de soldats, sans drapeau et sans combats ?... Rien, sinon l'oubli, pour Degorce, et les tribunaux pour Andreani.

Le sermon sur la chute du Rome reprend le personnage de Degorce, en transparence. Il s'agit plus de la vie de son neveu, Mathieu. Et du meilleur ami de ce dernier, Libero. Encore un duo donc. Et encore des rêves. Assez patriotique là aussi. Leur terre, leur Eden, leur conquête, c'est le village, en Corse-du-Sud. Tous deux lâchent leurs brillantes études de philosophie et reprennent un bar, microcosme là encore d'un univers qui tombe en poussière. Ils aimeraient bien vivre comme dans leurs rêves : simplement, naturellement, convivialement. Mais la perversion guette. Le fric, un peu, les femmes, pas mal. Mais la bêtise surtout. Et la violence enfin. Cette même violence qui dévasta Rome au début du Ve siècle...

L'écriture de Ferrari est facile mais exigeante. Son style est fait de phrases hyper longues, incroyablement structurées, de dialogues météoritiques et de références historiques, religieuses, toujours savoureuses. Sans oublier une certaine propension à raconter tous les fluides qui courent dans notre corps... Pourtant Le sermon sur la chute de Rome va moins loin dans l'introspection que Où j'ai laissé mon âme, véritable Nautilus du tourment humain, qui va chercher loin les démons qui nous hantent. Mais il est vrai que les deux romans vont parfaitement ensemble, pas tellement dans leur suite narrative, mais dans leur approche de cette même idée, d'un Occident, paré des plus grandes vertus, mais qui se meure désormais. Une idée que je partage largement mais c'est loin d'être général. Preuve en est, à l'automne dernier, toute l'Europe avait les yeux rivés sur la réélection d'Obama, alors que la 2e puissance mondiale, la 1re demain, installait le peu charismatique mais autrement plus puissant Xi Jinping...

On a hâte de poser ses questions à cet auteur ultra doué et surtout hâte de lire son prochain roman.

Où j'ai laissé mon âme, édition Actes Sud, 154 pages, 17 euros.

Le sermon sur la chute de Rome, édition Actes Sud, 202 pages, 19 euros.

française durant la guerre d'Algérie. Le second a connu la 2nde Guerre Mondiale, le premier était trop jeune mais tous deux se sont retrouvés en Indochine, à Dien Bien Phu. Puis, donc, dans la pétaudière algérienne. Leur affrontement, et l'affrontement de leurs âmes, va se faire autour d'un prisonnier : Tahar, chef de l'ALN, que Degorce respecte au-delà de la raison. Sans doute pour sa droiture, celle qu'il n'a jamais eu. Andreani n'a pas ses, justement dénommés, états d'âme : Tahar est un terroriste, responsable de la mort de civils. Ferrari, dans un très habile jeu chronologique, laisse les deux hommes s'épancher. Andreani comme Degorce sont l'illustration d'un monde qui s'effondre, de l'héroïsme vain, du patriotisme surrané. Mais alors que reste-t-il de soldats, sans drapeau et sans combats ?... Rien, sinon l'oubli, pour Degorce, et les tribunaux pour Andreani.

Le sermon sur la chute du Rome reprend le personnage de Degorce, en transparence. Il s'agit plus de la vie de son neveu, Mathieu. Et du meilleur ami de ce dernier, Libero. Encore un duo donc. Et encore des rêves. Assez patriotique là aussi. Leur terre, leur Eden, leur conquête, c'est le village, en Corse-du-Sud. Tous deux lâchent leurs brillantes études de philosophie et reprennent un bar, microcosme là encore d'un univers qui tombe en poussière. Ils aimeraient bien vivre comme dans leurs rêves : simplement, naturellement, convivialement. Mais la perversion guette. Le fric, un peu, les femmes, pas mal. Mais la bêtise surtout. Et la violence enfin. Cette même violence qui dévasta Rome au début du Ve siècle...

L'écriture de Ferrari est facile mais exigeante. Son style est fait de phrases hyper longues, incroyablement structurées, de dialogues météoritiques et de références historiques, religieuses, toujours savoureuses. Sans oublier une certaine propension à raconter tous les fluides qui courent dans notre corps... Pourtant Le sermon sur la chute de Rome va moins loin dans l'introspection que Où j'ai laissé mon âme, véritable Nautilus du tourment humain, qui va chercher loin les démons qui nous hantent. Mais il est vrai que les deux romans vont parfaitement ensemble, pas tellement dans leur suite narrative, mais dans leur approche de cette même idée, d'un Occident, paré des plus grandes vertus, mais qui se meure désormais. Une idée que je partage largement mais c'est loin d'être général. Preuve en est, à l'automne dernier, toute l'Europe avait les yeux rivés sur la réélection d'Obama, alors que la 2e puissance mondiale, la 1re demain, installait le peu charismatique mais autrement plus puissant Xi Jinping...

On a hâte de poser ses questions à cet auteur ultra doué et surtout hâte de lire son prochain roman.

Où j'ai laissé mon âme, édition Actes Sud, 154 pages, 17 euros.

Le sermon sur la chute de Rome, édition Actes Sud, 202 pages, 19 euros.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article