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The killer inside me

Littérature noire

La confrérie des mutilés : bienvenue chez les frappadingues du hachoir

La confrérie des mutilés : bienvenue chez les frappadingues du hachoir

Voilà typiquement le genre de livres dont on entend parler par la bande. Essentiellement chez les bloggers. Attention, sans doute qu'il a été très bien chroniqué lors de sa sortie en grand format, au Cherche Midi, en 2008, mais cela ne m'a pas sauté aux yeux. En revanche, dans les discussions sur les réseaux sociaux La confrérie des mutilés, de Brian Evenson, revient souvent, dans le genre livre dur, sanglant, bien déjanté... tout ce que l'on aime. Et effectivement, ça défrise les neurones cette histoire, ça vous pique les yeux par sa sauvagerie froide. Tout la première partie plonge le lecteur dans un mélange de folie, de foi perturbante, de société secrète parfaitement crédible...

Brian Evenson se révèle très vite un auteur extrêmement intelligent, fin et glacial. Son personnage principal, Kline, enquêteur ?, détective ?, a perdu sa main lors d'un rendez-vous avec un psychopathe. Enfin, perdu... Il se l'est tranchée et l'a cautérisé tout seul, dans l'instant. Oui, ça doit être douloureux. Mais c'est ce qui en fait aussi un homme très recherché par cette fameuse Confrérie des mutilés. Car chez eux il y a eu un assassinat et ce n'est pas la peine d'imaginer un flic normal venir enquêter chez eux. Non, il leur faut un semblable. Même si ce n'est pas un volontaire de l'amputation. Car chez ces barges, on se coupe, on se cisaille, on se tranche pour être plus près d'un Seigneur assez indéchiffrable. Grosso modo, il y a les novices dans cette secte : les Un, Deux, ceux à qui ne manquent pas grand-chose. Puis il y a les Huit, les Neuf, jusqu'au Onze comme Borchert, à qui il manque des orteils, des bras, des oreilles... Kline, kidnappé, baigne dans ce monde hyper hiérarchisé, où l'information n'est destinée qu'aux maîtres de la Confrérie, où le sacrifice physique est une haute vertu. Il y a là des scènes de cabaret avec des femmes amputées. Inoubliable et dérangeant.

La suite du roman, lorsqu'il s'évade et arrive dans une seconde secte, concurrente de la première, parait moins réaliste, moins aboutie. L'intérêt reste aiguisé car Kline est invité à retourner dans la première confrérie et c'est ainsi qu'Evenson montre toute sa connaissance des techniques littéraires : une grosse première partie qui ne peut malheureusement pas durer 250 pages et une deuxième moitié plus diluée mais qui bénéficie de l'allant des premières pages. Avec ce qu'il faut de scènes rock'n'roll.

Il y a beaucoup d'interrogations sur la foi, sur ce qui semble vrai, sur les quêtes personnelles et Brian Evenson pose un regard très critique, jamais décalé, mais au contraire bien à l'intérieur de ce système. La confrérie des mutilés est à la hauteur de ce qu'il s'en disait, un livre, pas vraiment polar, pas vraiment htriller, qui vous fait monter la bile au bord des lèvres. A lire lorsque l'on n'est pas trop déprimé tout de même.

La confrérie des mutilés, édition 10/18, 220 pages, 7, 50 euros.
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