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The killer inside me

Littérature noire

Kem Nunn l'écrivain des derniers surfeurs dans Le sabot du diable

Kem Nunn l'écrivain des derniers surfeurs dans Le sabot du diable

Enchanté par Tijuana Straits, le dernier Kem Nunn, il était logique de se tourner vers les écrits plus anciens de l'auteur californien. Le sabot du diable (The dogs of winter) a été écrit en 1997 et publié en France en 2004. On parle parfois, peut-être un peu vite d'ailleurs, de romans crépusculaires. Pourtant il s'agit bien de cela. Le crépuscule des libertés. Symbolisé par un quatuor de surfeurs partis au nord de la Californie chercher une vague mythique et sauvage. Mais illustré également par l'effondrement d'une société indienne, incapable de faire respecter ses traditions. Le sabot du diable est un superbe roman, sans héros, avec quelques salauds et une quête.

La quête, c'est celle de Drew Harmon. Un surfeur des premiers temps, retiré depuis quelques années, au coeur d'une réserve indienne et qui sollicite un journal de référence pour immortaliser sa chevauchée de Hear Attacks, une vague légendaire, souvent évoquée mais jamais vraiment observée. Jack Fletcher, photographe un peu à la ramasse ces derniers temps, est envoyé sur place avec deux jeunes loups du surf. L'aventure peut commencer... Entre un Drew Harmon, sauvage, obsessionnel, presque violent et ce Jack Fletcher, looser qui tente de redonner un sens à sa vie, il y a un jeu d'hommes, ancien partenaires, qui se regardent avec méfiance, avec envie parfois. Kem Nunn écrit magnifiquement sur les sentiments contraires, les pulsions de vie de ces quadras, revenus de presque tout.

Et puis, il y a la partie, parallèle, indienne. Les deux axes du Sabot du diable se rejoignent lorsque, à la première sortie en mer, un jeune de la tribu périt noyé. Travis, délégué aux affaires indiennes, se doit d'intervenir pour que la situation ne s'envenime pas sur ces terres sacrées mais aussi très disputées. Travis, c'est l'indien le cul entre deux chaises, fier de ses orgines mais conscient que les traditions se perdent et qu'il ne pourra rien y faire... sauf à s'engager, fortement. Il y a ainsi une scène de fête autour d'un cerf mort absolument dantesque et gothique.

Le sabot du diable est un récit très violent, lourd, avec une Nature hostile, meurtrière. La morale y est sévère et il n'y aura que Fletcher, le looser présupposé, qui tirera un brin son épingle du jeu. Dans un style et un genre tout à fait uniques, Kem Nunn s'impose comme l'écrivain des surfeurs, l'écrivain d'une Californie disparue et peut-être d'un rêve américian englouti. A lire aussi, pour se convaincre définitivement, la chroniquede l'ami Encore du Noir.

La sabot du diable, Folio policier, 506 pages, 8 euros.
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