Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
The killer inside me

Littérature noire

La foire aux serpents : Harry Crews au coeur d'une Amérique sans rêves

La foire aux serpents : Harry Crews au coeur d'une Amérique sans rêves

Il est plus que temps de s'intéresser à Harry Crews, auteur du sud des Etats-Unis, ancien marine, enseignant de creative writing en Floride, acteur dans l'Indian Runner de Sean Penn et, hélas, trop vite disparu l'an passé à 76 ans. La foire aux serpents (1976) est son huitième roman, l'un des meilleurs selon les différentes chroniques et notamment celle du Vent sombre... A Mystic, au trou du cul du monde de la Géorgie, l'heure est ainsi à la célébration du crotale. Aussi fou que cela puisse paraître, les habitants fêtent le reptile, autour de confections de tableaux, de fringues mais aussi en le dégustant. Et bien sûr en allant le chasser sous la rocaille. Bref, c'est une ambiance un brin surréaliste dans laquelle va s'inscrire le drame de Joe Lon.

Ce beau gosse est un morceau d'Amérique à lui tout seul. Bien bâti, ex-petit ami de la plus belle fille de la ville, leader du club de foot américain local (une institution faut-il préciser)... Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui Joe Lon a une femme aux dents déchaussées, deux moutards qui braillents, il vend de la gnôle dans une petite épicerie et s'efforce d'accueillir aussi bien que possible, sur son terrain de campng, les touristes venus pour la fête. Bref, la désillusion le ronge comme un vilain cancer, l'impression d'être, déjà, passé à côté de sa vie lui monte à la tête violemment, le rend dingue et lui donne, tout le temps, envie de hurler.

Pris entre un père rustre, professionnel du combat de pit-bulls, une soeur qui se tartine la tête de ses excréments et Willard, son remplaçant dans l'équipe de foot, Joe Lon va très doucement basculer dans la schizophrénie.

En moins de 300 pages, Harry Crews entre dans le lard, son écriture transpire le malaise d'une société rurale sans rêves, d'une Amérique déglinguée, on retrouve donc Jim Thompson, sans l'humour, mais aussi un sens de l'observation qui fera la force, par exemple, d'un Pete Dexter. Crews ne triche pas, sa plume colle et les scènes de combats de chiens, par exemple, sont proprement époustouflantes, tirant là une fine parallèle entre ces bêtes et le pauvre Joe Lon. La foire aux serpents est définitivement un grand livre et aussi une de ces rares claques littéraires qui remet les idées en place. Ici l'article de Libé lors de la disparition de l'auteur.

La foire aux serpents, Folio policier, 257 pages, 6 euros.
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article