Littérature noire
18 Novembre 2013
Joe Wilmot a eu une enfance peu joyeuse et est même passé par la case maison de correction entre 14 et 21 ans. Quand il a épousé Elizabeth, sans doute cherchait-il un peu de sécurité mais aussi quelqu'un à protéger. Et puis Elizabeth était issue d'une vieille famille de Stoneville ( 7500 âmes), pas forcément riche mais, au moins, propriétaire d'un cinéma, au nom de la famille : le Barclay. Alors Joe fait tourner le ciné, s'y donne à fond et parvient même à réduire au silence la concurrence. Son mariage sent maintenant la vieille chaussette, le café froid et l'arrivée de Carol, comme aide ménagère, va redonner des couleurs à sa libido... Un meurtre et rien d'autre, sorti ce mois-ci dans une nouvelle traduction intégrale, n'est pas le meilleur Jim Thompson : trop de personnages secondaires mais aussi des combines que l'on n'arrive pas forcément à saisir. Le style sauve, heureusement, la lecture.
Si le roman (son troisième) s'en sort pas trop mal, c'est que le lecteur retrouve une fois de plus ce type de personnage cher à Jim Thompson : le mari qui monte un coup pas possible, avec une maîtresse à peine mieux que sa femme et puis finalement, s'emmêle les pinceaux, tout en continuant à faire le mariole, à se croire le plus malin... Ce pauvre Joe Wilmot conclut un accord avec sa femme : elle s'en va, se fait passer pour morte et il lui envoie la police d'assurance de 25 000 dollars. Chacun retrouve sa liberté et, elle, encaisse un petit dédommagement. Oui mais il faut un corps. Bing ! On diffuse une annonce pour une employée, on l'a fait venir, on la tue et on met le feu au garage... ni vu, ni connu on pensera que ce sera Elizabeth ! Tordu quand même.
C'est, après le " décès " de sa femme, lorsque des partenaires vont commencer à tourner autour de Joe que le lecteur perd le fil. A la limite, le seul courtier en assurance, salaud comme pas un, aurait suffi en tant que menace. Mais ce Joe Wilmot demeure un magnifique couillon, un personnage forcément un peu mysogine, égoïste et hypocrite.
Jim Thompson ne s'écarte pas de ses grands principes du sale mec qui lâche sa femme, avec un travail peu glorieux, dans une ville perdue... La fin d'Un meurtre et rien d'autre se voit venir comme un penalty de Ravanelli mais elle est parfaitement rythmée et puis il y a toujours ce Je, chez Thompson, qui vous fait voir les scènes d'une manière subjective, une façon d'agripper le lecteur et dans les vingt dernières pages, cela prend tout son sens. Un roman qui reste donc imparfait mais sur les 26 ou 27 livres qui ont cette oeuvre noire, pas de quoi avoir honte.
Un meutre et rien d'autre, Jim Thompson, édition Rivages, 254 pages, 8, 80 euros.