Littérature noire
16 Mai 2014
Compliqué de reprendre une série achevée avec la mort de son auteur. Périlleux aussi. Et alors, quand on est l'enfant de l'auteur, que dire ? Donc, à l'annonce d'un livre d'Anne Hillerman, reprenant les aventures de son père, le talentueux Tony, il y a une hésitation, une grose envie et une terrible crainte. La fille de Femme-Araignée voit, dès la première scène, le vieux Joe Leaphorn, tomber sous les balles d'un tueur masqué. Un contrat semble-t-il puisque l'assassin ne laisse aucun indice, bien au contraire. C'est Bernie Manuelito, la femme de Jim Chee, qui recueille Leaphorn dans ses bras lorsqu'il est abattu. Et qui va donc, indirectement, mener l'enquête.
Wodunit classique, La fille de Femme-Araignée ne se lit pas comme un autre roman, parce qu'il y a tout le background de Tony Hillerman. Il faudrait s'en débarasser, faire abstraction de ce qui a été écrit auparavant sur ces agents de la police navajo, mais autant se couper un bras. D'ailleurs, il est bon de préciser que tout ce qu'a produit Tony Hillerman n'était pas du meilleur tonneau. Le peuple des ténèbres, Porteurs de peau, Coyote attend, Là où dansent les morts demeurent des pépites, des classiques du polar. Je suis moins enthousiaste pour, par exemple, Le cochon sinistre.
Enfin, soyons clair, Anne Hillerman ne produit pas une perle de la série mais s'en tire extrêmement bien. Personnellement, je préfère lorsque c'est Jim Chee qui est aux manettes mais Bernie colle sans doute mieux à ce que veut faire passer Anne Hillerman. Le roman est incontestablement très féminin. On s'attarde sur la relation de Joe Leaphorn avec Louisa, sur la relation de la soeur de Bernie avec son copain, garçon-courbé, sur le sex appeal de l'agent Cordova... Mais, ouf !, l'enquête est bien là, riche en fausses pistes, en témoins inaccessibles dans ces étendues désertiques entre Arizona et Nouveau-mexique, du côté de cette bonne vieille ville de Gallup. Un truc que n'a pas perdu, ni gâché, la fille de Tony, c'est la capacité à contempler cette Nature, à la regarder par le prisme des Navajos. Pour ceux qui se régalent des références indianistes, pas de surprises, La fille de Femme-Araignée offre encore son lot de mythes, d'histoires... C'est quasi-ethonologique et c'est simplement bon. Et puis la scène finale dans le garage est quand même drôlement bien troussé. On attend avec impatience les prochains épisodes pour se faire une idée plus sûre.
La fille de Femme-Araignée, Anne Hillerman, édition Rivages, 354 pages, 21 euros.