Littérature noire
16 Février 2015
Tel un métronome, Craig Johnson sort chaque début d'année une nouvelle aventure de Walt Longmire, son shériff du comté d'Absaroka, dans le Wyoming. Dans Tous les démons sont ici, on sent bien que l'auteur ne veut pas s'enfermer dans un carcan ou un modèle. A savoir le shériff, ses adjoints sympathiques et aux traits bien distinctifs (le Basque, la jeune copine, voire l'ami Indien, formidable Henry standing bear), le restau du midi, sa fille... Cette fois, Craig Johnson envoie son héros seul, à la poursuite d'un dégénéré, d'un prisonnier enfuit brutalement d'un convoi de détenus. Au coeur des Bighorns, à la fin du printemps, période idéale pour une bonne tempête de neige.
Raynaud Shade est un sale mec. S'il se retrouve avec les fers aux pieds c'est parce que c'est un grand psychopathe. Avec deux autres détenus, il est convoyé par Walt Longmire à la frontière de l'Etat pour aider le FBI à retrouver les ossements d'un gamin qu'il aurait assassiné il y a plusieurs mois. Non content d'être un parfait barge, Shade est aussi un illuminé et, sur le chemin, commence à parler, au shériff de ses visions. Dans le froid, l'humidité des montagnes, Longmire fait son job, aide les fédéraux puis les laisse à leurs affaires. Patatras ! Shade bénéficie d'une complicité et dans un grand carnage s'échappe, avec les autres prisonniers et deux otages. Direction, le haut des Bighorns, Cloud Peak et ses 4 000 mètres d'altitude. Un vrai cul-de-sac. Représentant de l'ordre le plus proche des événements, l'inoxydable Walt part à sa poursuite, sans attendre de renforts. Une poursuite faite de gelures, d'apparitions indiennes, de morts qui rôdent...
Evidemment, le personnage principal souffre toujours des traits presque caricaturaux que l'on peut porter à quasiment tous les flics modernes : solitaire, têtu et plutôt increvable. Mais ce Longmire a du charme, un vrai charisme, incarnant un John Wayne du XXIe siècle, l'intelligence en plus, puisque lui se plonge dans un livre de poche que lui a refilé son adjoint, à savoir L'enfer, de Dante, y puise réflexion et espoir. Si les 50 premières pages sont haletantes, tendues, les 250 suivantes sont une longue marche où le lecteur se perd parfois, entre vallées, lacs gelés, à pics, versants... Craig Johnson maintient parfaitement l'intérêt et se débarrasse du pourquoi (Shade est-il une telle raclure ?) pour approcher du comment (est-il devenu ainsi ?). Toute la partie sur les croyances et les légendes indiennes est d'une grande beauté. Et, oui, au final, Tous les démons sont ici, malgré son âpreté, possède quelque chose de simplement beau.
Tous les démons sont ici, Craig Johnson, ed. Gallmeister, 312 pages, 23, 50 euros.