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The killer inside me

Littérature noire

Elmore Leonard un maître à écrire : l'indispensable bio

Parmi les génies des lettres américains, il y a donc Elmore Leonard (1925 - 2013). Alors oui, c'est toujours excitant de lire les livres qui sortent, de débusquer des nouveaux talents. C'est la vie qui veut ça. Mais il faut savoir se contenir aussi. Faire un pas de côté pour s'attarder sur un auteur que l'on a moins lu, qui a tellement écrit que l'on ne sait par quel bout le prendre. Pour cela la biographie très rock'n'roll de Laurent Chalumeau est un bon guide : Elmore Leonard un maître à écrire.
L'auteur français, fin connaisseur de l'homme de Detroit, se laisse la liberté d'aborder l'oeuvre un peu par la chronologie, un peu par le biais du cinéma, pour finir par la retranscription essentielle d'un entretien qu'il avait eu avec l'auteur de Get Shorty en 2008.
Cette bio fourmille d'infos concernant le façonnage de l'écrivain Elmore Leonard. De son admiration pour Hemingway à l'éclair The friend of Eddie Coyle de Georgre V. Higgins, en passant par une première vie presque monotone, dans la marine militaire, puis dans une agence de pub, avant, assez vite finalement, de proposer des nouvelles aux pulps magazines de l'époque. C'est cela qui marque le plus dans cette biographie : le travail. Elmore Leonard est un dingue de l'écriture. Son fils, Peter, l'évoque également dans quelques préfaces récentes. Mais voilà, on sent bien là que chaque mot est pesé, raturé, corrigé. Normal en somme qu'en 2000 il ait édicté ces dix règles de l'écriture, dont le fameux "ne commencez jamais un roman par la météo" !
Laurent Chalumeau rappelle aussi la rencontre capitale d'Elmore Leonard avec Greg Sutter, un fan de romans policiers, qui va devenir, à partir de 1980, son enquêteur, celui établira les dossiers, les repérages. Un travail gigantesque et indispensable : " Elmore aura appris deux choses, d'une part que rien ne contribue à l'efficacité d'un roman policier comme une documentation scrupuleuse et des repérages sur le terrain. Mais aussi, deuzio, que ça l'emmerdait prodigieusement..."
Au fil des 268 pages, le lecteur suit l'évolution de celui qui fut baptisé, et qui s'en moquait, le Dickens de Detroit. Ses succès mais aussi ses relatifs échecs. Parmi les premiers, comment ne pas parler de Glitz, en 1985. Avec cette chronique incroyable de Stephen King dans Entertainment weekly : "le genre de livre que vous emportez avec vous quand vous vous levez rechercher des cookies au chocolat, pour pouvoir continuer à lire en marchant." Elmore Leonard a 60 balais quand arrive l'énorme succès de ce roman vendu à 200 000 exemplaires aux Etats-Unis !
Alors Laurent Chalumeau a beau disséqué le style du Dutch, ses techniques, sa signature littéraire, il n'en demeure pas moins que le talent pur, celui qui ne s'explique pas, apparaît comme le nez au milieu de la figure. Certes Elmore Leonard n'a pas tout réussi, bien sûr, mais il a pondu des perles, des pierres angulaires de la littérature. Et son génie a infusé dans un nombre incalculable de romanciers. Voire de cinéastes. Ce livre est sans doute l'un des plus beaux hommages que l'on pouvait rendre à un auteur. Et ce livre est à lire de toute urgence pour quiconque prétend se mettre à écrire.

Elmore Leonard un maître à écrire, ed. Rivages, 268 pages, 20 euros.
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