Littérature noire
6 Mars 2020

Michel Ucciani a désormais 60 balais dont 20 passés à l'ombre. Ancien membre du FLNC dans le secteur de Sagone (entre Ajaccio et Calvi), il a quitté le mouvement, après une cavale, et a mené une vie de braqueur de banques, avant de "raccrocher" et de s'installer dans le sud de la France. A quoi donc sert son livre "Natio, du FLNC au grand banditisme" ? Il éclaire l'amateur d'histoire contemporaine sur un parcours, empreint d'idéologie émancipatrice, avant de se concentrer sur le crime. Alors oui, c'est bourré d'anecdotes, notamment sur le quotidien de ces nationalistes des années 80, "c'était un peu artisanal le Front, à cette époque, on n'en était pas au super équipement qui est venu plus tard, les combinaisons noires de commando et les armes dernier cri, ce n'était pas de mise." Il est question de l'impôt révolutionnaire, de sa difficile gestion, de l'implication dans les mouvements de la société civile, de la spéculation immobilière, de bavures dramatiques et de braquos aussi. Michel Ucciani ne manque pas de s'interroger sur la virginité du mouvement clandestin. Est-il le mieux placé pour en parler, quarante ans après ? Peut-être. S'il ne tire pas à boulets rouges sur le mouvement nationaliste, son témoignage explique en partie ce qui allait devenir, au mitan des années 90, une guerre fratricide, faisant des dizaines de morts... Il avoue en tout cas que le nationalisme corse l'a déçu. Ancien para, ses dispositions à l'action, à l'adrénaline, plus qu'à la politique, l'on poussé vers le crime, avec une spécialité : le braquage de banques. Certes il a fait un peu dans la came, dans le vol de tableaux (Picasso quand même) mais c'était les coffres son dada, avec leur ouverture programmée. Le livre est logiquement plus riche sur ces années-là. Pas inintéressantes, puisque Ucciani, sans trop parler de ses partenaires bien sûr, détaille quand même quelques actions mais aussi les souricières tendues par les policiers.
Au final, le style très simpliste du livre n'est qu'un léger défaut. Ce qui importe c'est cette porosité entre l'idéal politique et le grand banditisme, comme si la manipulation des armes, des explosifs, donnaient de mauvaises idées. La Corse n'est pas une exception, d'autres mouvements ont connu ça. En Irlande par exemple que ce soit chez les loyalistes mais aussi les républicains. Il est toujours difficile de se prémunir d'une dérive dans un rapport de force, de s'en tenir à la seule politique. On se souvient aussi d'anciens du SAC cher à Pasqua, qui ne disaient pas non sur certains trafics. Il avait bon dos le Gaullisme.
Bref, peut-être rien de bien neuf avec ce livre de Michel Ucciani mais le témoignage unique d'un homme passé du FLNC aux braquages, un sujet encore sensible dans l'île, à l'heure où les nationalistes ont accédé aux responsabilités.
Natio, du FLNC au grand banditisme, ed. La manufacture de livres, 405 pages, 20 euros