Littérature noire
4 Juillet 2022
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L'anecdote est connue : Crumley se voit proposer, en 1983, d'écrire un scénario pour la vedette mexicaine Don Emiliano Fernandez. C'est Tir aux pigeons. Fernandez, déjà très âgée, décède peu après, l'argent de la production disparaît comme seul le cinéma sait le faire et le film fini aux oubliettes.
Reste tout de même ce scénario que plusieurs éditeurs, aux USA et en France, publient. Pour être franc, lire un scénario, au départ, quand vous n'êtes pas dans le 7e art, c'est un peu comme lire le mode d'emploi d'un meuble Ikea : c'est barbant, on ne comprend pas tout et on ne voit pas très bien où cela nous mène. Tir aux pigeons ne restera heureusement pas comme un inoubliable travail de James Crumley. L'histoire se déroule au Mexique où un jeune entrepreneur au volant d'une Ferrari vient rencontrer Don V. pour lui acheter des vignobles qu'il ne semble pas prêt à vendre. S'en suit une première fusillade au cours de laquelle Kennedy, ancien miliaire sauve les fesses de la tribu de Don V. Invité au ranch, il tente de séduire la jeune femme du patron mais c'est la petite fille qui, finalement, se glisse dans son lit. Petit fille qui sera ensuite kidnappée. Tout cela se termine dans une scène d'attaque qui n'est pas sans rappeler celle du Canard siffleur mexicain, avec moult calibres et volées de plombs.
Pour qui aime la prose de Crumley, ses personnages savamment étudiés, pleins de chair, pour qui aime son sens de l'intrigue, la subtilité de ses rapports hommes-femmes, il y a des chances d'être déçus, forcément. Mais avec moins de 150 pages, finalement, la difficulté pour l'auteur c'était sans doute de rester dans le cadre contraignant d'un scénario. Dans l'introduction de Tir aux pigeons, il explique que plusieurs de ses romans avaient été envisagés sur grand écran. Las, cela ne s'est jamais fait et c'est pourquoi il se serait lancé dans cette aventure. Mais c'est vraiment pour les fans hardcore de l'ours de Missoula.
Tir aux pigeons (The pigeon shoot, trad. Janine Herisson), La Série Noire, 144 pages, 5 euros.