Littérature noire
2 Août 2022
/image%2F1884005%2F20220729%2Fob_9e159f_roubignoles.jpg)
Il y a une chose certaine dans le polar : c'est que l'on s'ennuie peu avec Jean-Bernard Pouy. Pour écrire que l'on ne s'ennuie jamais, il faudrait avoir parcouru toute son oeuvre. Et c'est assez conséquent. Même si le monsieur a l'extrême délicatesse de ne jamais écrire long. Ainsi ces Roubignoles du destin, parues il y a une vingtaine d'années, recueil de textes parus ici et là. Cela va de la science-fiction pastiche du monde littéraire, au vécu d'un retour de festival littéraire, à la poésie de la rencontre avec une jeune fille asiatique, en passant par un attentat contre le pape... l'univers de Jean-Bernard Pouy est débridé, il ne s'empêche ni la critique sociale, ni la beauté du monde, ni l'anecdote mélancolique et surtout, il conserve cet humour gamin, ce côté adolescent qui est sa marque de fabrique. Tinetorette et Toquaille narre la virée d'un jazzman à Venise, moitié anglais, moitié langue de Molière et c'est absolument hilarant, tout autant que déchirant.
Pouy s'amuse du monde qui tourne, on le sait. Ses convictions politiques calées au-dessus de l'oreille, comme une cigarette à sortir plus tard, il raconte ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il imagine. Avec une langue formidable, un amour du français qui ne se dément pas. " Les désespoirs des petites filles sont de puissants freins qui ralentissent la course du Monde "... rien que cette phrase vaudrait le coup de lire entièrement ces Roubignoles du destin. L'art de la nouvelle est difficile et Pouy en est un sacré héraut.
Les roubignoles du destin, ed. Folio, 176 pages, 7 euros