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The killer inside me

Littérature noire

La contrée finale : nouvelle trad' et l'immense Baudoin à l'oeuvre

Gallmeister poursuit son aventure des nouvelles traductions de l'oeuvre de James Crumley, toujours intelligemment et magnifiquement illustrée. Cette fois, pour La contrée finale, l'éditeur a appelé le pape de l'encre, le grand Edmond Baudoin, dont on ne louera jamais assez le talent et même le génie. Et mazette, les pinceaux du Niçois collent aussi bien à cette ultime aventure de Milo Milodragovich, que la personnalité de Baudoin à celle de Crumley. Il faut voir la puissance de ce premier dessin en double page, une rue texane, des voitures stationnées, des pubs ici et là pour Bud, Texaco, des lampadaires... l'illustration parfaite de ce début de roman avec Milo. Et aussi page 183, cet encrage intense avec Renfro au tapis et un dynamisme incroyable tout en épaisseur. C'est vraiment un cadeau que fait Gallmeister à Crumley. Et aux lecteurs. Quant à la nouvelle traduction, elle est une nouvelle fois confiée à Jacques Mailhos. Et il y a quelques subtilités qui bougent, il faut l'avouer. Impossible de mettre la main sur l'original de La contrée finale sinon sur les fameuses dernières lignes. Voici donc la VO : " It's done. This may not be my final country. I can still taste the bear in the back of my throat, bitter with the blood of the innocent, and somewhere in my old heart, I can still remember the taste of love. Perhaps ths is just a resting place. A warm place to drink cold beer. But wherever my final country is, my ashes will go back to Montana when I die. Maybe I've stopped looking for love. Mabe not. Maybe I will got to Paris. Who knows ? But I'll sure as hell never go back to Texas again. "
Chez Gallimard, avec Philippe Garner à la traduction cela donnait : " C'est fini. Cela n'est peut-être pas ma contrée finale. J'ai encore le goût de l'ours au fond du gosier, âcre du sang des innocents, et quelque part dans mon vieux coeur je peux encore me souvenir de l'amour. Peut-être que c'est juste un endroit où me reposer. Un endroit chaud où boire de la bière froide. Mais peu importe où sera ma contrée finale, mes cendres retourneront au Montana quand je mourrai. Peut-être que j'ai cessé de chercher l'amour. Peut-être pas. Peut-être que j'irai à Paris. Qui sait ? Mais une chose est sacrément sûre, jamais plus je ne retournerai au Texas. "
Et voilà donc pour Jacques Mailhos : " C'est fini. Je n'ai peut-être pas atteint ma contrée finale; Je sens encore le goût de l'ours au fond de ma gorge, rendu amer par le sang des innocents, et quelque part dans mon vieux coeur, je me souviens encore du goût de l'amour. Ce lieu n'est peut-être qu'un lieu de repos. Un lieu chaud où boire de la bière fraîche. Mais où que se trouve ma contrée finale, à ma mort, mes cendres retourneront dans le Montana.  J'ai peut-être cessé de chercher l'amour. Peut-être pas. J'irai peut-être à Paris, qui sait ? Mais, bon sang, je suis sûr, que je remettrai plus jamais les pieds au Texas. "
On est dans les infimes différences, la preuve que le vocabulaire français est riche, la preuve qu'une traduction n'est pas figée. Il reste difficile de dire objectivement, quelle traduction est préférable ou plus fidèle. Si vous avez un avis, n'hésitez pas.
Reste que La contrée finale est un monument de polar. La poursuite de Walker, le black gigantesque est semée d'embûches, de femmes, de flics, de verres solidement descendus... James Crumley est un géant et, si on place toujours La danse de l'ours au dessus des autres, forcément ce roman, avant-dernier avant sa disparition, résonne avec une vraie émotion, l'auteur se confondant avec son personnage. De la littérature des hautes sphères.

La contrée finale (The final country, trad. Jacques Mailhos), ed. Gallmeister, 516 pages, 25, 80 euros
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C
ça n'a pas pris une ride, Milo est usé mais à fond, le livre est somptueux, à lire, à relire et à rerelire...
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