Littérature noire
27 Septembre 2024
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Après l'extraordinaire Les vilaines, Camila Sosa Vilada poursuit son introspection du milieu des trans dans sa ville de Cordoba. Histoire d'une domestication pourrait être le roman d'un couple riche, jalousé, aimé, fantasque, cultivé. L'autrice en a fait une histoire d'amour moderne entre une comédienne trans, son mari gay et leur enfant adopté porteur du VIH. Vous direz là, que la barque est un peu chargée. Et pourtant Camila Sosa Vilada raconte ce qui pourrait juste être les péripéties d'un couple tout à fait hétéro : passion, tromperies, belle-famille insupportable, scènes de ménage. Avec, bien entendu, le caractère sulfureux, pimenté, excessif de la comédienne, enfant de la campagne, violée et maltraitée dans son enfance, forcée de se prostituer un temps avant de connaître le succès et même la gloire en jouant Jean Cocteau, seule sur scène.
Histoire d'une domestication, c'est une immersion dans l'univers trans et sa puissante communauté, solidaire, vindicative, parfois meurtrie : " tantes, mères de substitution, belles-mères, personne n'ignorait que, depuis de nombreuses années déjà, depuis de très très longues années, les trans jouaient un rôle que personne sur cette Terre ne pouvait ou ne voulait jouer, pas même l'Etat, à savoir ces liens sans nom, sans statut, ces liens inclassables qui caractérisent encore la vie des trans. " Et ce qu'il y a de fascinant dans ce deuxième roman de l'argentine, c'est de constater à quel point la domestication, c'est-à-dire la vie de couple, la vie de mère, opère sur un caractère volcanique comme celui de la comédienne (aucun prénom dans tout le roman). Attention, pas qu'elle se montre plus arrangeante ou moins colérique, mais simplement, la façon dont elle trouve aussi, dans ces repères classiques, voire bourgeois, une forme de joie et d'équilibre. En quelque sorte le pendant d'une vie sexuelle débridée, intense. Car le roman multiplie les scènes de sexe, humides, chaudes, crues, haletantes, dans des loges de théâtre, des ateliers de menuiserie, avec pantalon sur les chevilles et tanga à peine enlevés.
Que l'on ne s'y trompe pas, Camila Sosa Vilada ne cherche pas le scandale, le buzz. Elle cherche tout bonnement à raconter la vie de sa communauté, la réalité d'un monde qui nous échappe encore, avec ses failles et ses enchantements. Tout cela avec une plume bourrée d'énergie, pleine de vie et un sens incroyable des dialogues.
Histoire d'une domestication (Tesis sobre una domesticacion, trad. Laura Alcoba), ed. Métailié, 222 pages, 19 euros.