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The killer inside me

Littérature noire

Rares ceux qui échappèrent à la guerre : exportation du sang

Les Palestiniens, les Israéliens, les Syriens, les Iraniens, ils sont nombreux ceux qui foutent la merde depuis longtemps au Liban. Les Libanais eux-mêmes foutent la merde. " Rares ceux qui échappèrent à la guerre, deuxième tome de la trilogie libanaise de Frédéric Paulin, était pour le moins attendu tant l'auteur a su, avec son premier volume, tourner l'histoire récente du Liban dans une fresque sanglante et romanesque, synthétisant de manière impensable et claire un conflit tortueux, flou, où la politique et la religion se confondent.
Donc revoici, le commandant Christian Dixneuf, du service Action à Beyrouth. Un homme qui prend les attaques contre les intérêts français comme un combat personnel. Il y a eu l'attentat contre l'immeuble Drakkar. Maintenant ce sont des enlèvements de civils par le Hezbollah. Le lecteur retrouve aussi Philippe Kellerman, ancien diplomate dans la capitale libanaise, devenu conseiller auprès du cabinet Mitterand. Autre homme brisé par la mort de son fils dans les ruines du Drakkar. Et puis Caillaux, responsable anti-terrorisme aux RG, qui doit courir après les mecs d'Action Directe et les poseurs de bombes du Jihad islamique frappant Paris. Au coeur de la capittale libanaise, Abdul Rasool al-Imanen chiite, responsable du Hezbollah à Beyrouth, auteur, entre autres, des enlèvements de Charton, Kauffman. Et, enfin, comme lien entre les deux pays, les deux politiques, Michel Nada, issu d'une puissante famille chrétienne libanaise, qui creuse son trou dans l'organigramme du RPR, dans les Alpes-Maritines et le cercle Pasqua.
Paulin envisage ainsi le Liban comme un immense jeu d'échecs, au cours d'une partie longue et violente, semée de trajectoires rarement linéiares. Une partie qui se déplace vers Paris avec les attentats des Galeries Lafayette, du Printemps, la découverte d'une bombe dans un TGV, puis un RER... Pour le lecteur hexagonal, surtout quarante plus tard, bien évidemment que cela demeure encore, souvent, confus. Mais cette désorientation rassure ca ça l'est aussi pour les acteurs de terrain, pour les personnages mêmes de Rares ceux qui échappèrent à la guerre. C'est le bordel au Liban. Mais c'est aussi le bordel dans cette France du milieu des années 80 quand la droite de Chirac et Pasqua s'apprête à gagner les législatives. Parce que cela signifie que les socialistes envoient des émissaires négocier la libération des otages mais que la droite fait de même, avec l'insaisissable Jean-Charles Marchiani.
L'auteur a cette capacité, d'abord, à donner du sens à ce qui semble ne pas en avoir : les enlèvements, les attentats, les pourparlers français ont un objectif, voire des objectifs. Malgré le nombre d'interlocuteurs, de personnages secondaires, le lecteur y retrouve ses petits, suit chacun que ce soit en Pajero dans les ruines de Beyrouth ou en voiture banalisée sur les grands boulevards parisiens. Parce que, deuxième énorme qualité de Paulin, le rythme est continu : le roman avance, aussi grâce à une actualité incessante, entre drames et tragédies. Last but not least, comme ce n'est pas non plus un documentaire, il y a une bonne dose d'émotions, du flic des RG qui devient père de jumeaux, à Kellerman qui retrouve son ex-femme. La meilleure idée restant sans doute celle de Dixneuf auprès de son père détesté, scotché dans un Ehpad.
On peut parler de fresque pour cette trilogie annoncée. C'est avant tout un travail dément pour rendre romanesque une tonne d'informations politiques, géopolitiques, criminelles... L'auteur de la trilogie Benlazar sait raconter avec un réalisme parfait cette époque, ce milieu peuplé de commis d'Etat, d'aventuriers, d'ambitieux et d'exaltés. L'équilibre est magistral et Frédéric Paulin s'impose toujours comme un sacré romancier, un auteur.

Rares ceux qui échappèrent à la guerre, ed. Agullo, 398 pages, 23, 50 €
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