Littérature noire
25 Juillet 2025
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Premier texte, première biographie de Nick Tosches, paru en 1982. Hellfire invente alors peut-être un nouveau style littéraire pour évoquer la vie d'une personnalité, une prose très personnelle, une narration qui s'enflamme, qui prend des libertés pour faire vivre plus intensément certains épisodes. Parce qu'on ne raconte pas Jerry Lee Lewis comme on pourrait raconter François Hollande, c'est évident.
De l'histoire familiale, remontant à l'arrière-grand-père jusqu'au dernier jour du Killer, Tosches sert un cocktail sulfureux d'anecdotes, de contexte, avec une langue bouillonnante. Et puis il parvient à faire ressentir autant l'influence familiale, du père Elmo, des cousins, que celle de la religion :" de nombreuses sectes pentecôtistes, telle que l'église de Dieu dans le Christ, étaient noires mais les Assemblées de Dieu étaient à dominante blanche. " C'est dans une telle église que Jerry Lee Lewis va d'abord taper sur un piano. Avant de peaufiner son art chez son oncle.
Enfin il y a ce sud, cette Louisiane et cette bourgade de Ferriday depuis laquelle, tout gamin, Jerry Lee Lewis s'échappe pour aller écouter des disques sur le phonographe d'un voisin noir. Ses moments, ajoutés à la radio, et voilà le petit Lewis qui reprend des chansons à la maison sur son piano Starck. Pour parfaire son oreille, avec les mêmes cousins, ils se rendent chez Haney's Big House, fameux cabaret blues de Ferriday réservé aux noirs. Voilà l'éducation de celui qui va vivre pied au plancher une carrière rock'n'roll tumultueuse, entre mariages choquants, concerts délirants, émeutes devant les salles, insultes au public et frasques qui érigeront les fondamentaux du triptyque sex, drugs and rock'n'roll. " L'été 1954 vit naître la plus grande révolution dans l'histoire de l'industrie musicale depuis l'invention de l'enregistrement sonore : le rock'n'roll blanc. Ce que les Noirs faisaient depuis le milieu des années quarante étaient désormais repris par une poignée de jeunes Blancs qui avaient passé leur jeunesse à entendre ces Noirs, à tomber sous le charme de leur magie, à apprendre. Maintenant, ils reprenaient cette magie, la mélangeaient à la magie blanche, produisant une chose jamais entendue. Ils l'appelaient rock'n'roll, un truc qui secoue et qui balance..."
Tosches s'efforce, et c'est le principe aussi d'une biographie un minimum aboutie, de cerner un homme, aussi complexe soit-il, autant qu'un chanteur. Cet homme attaché à sa famille, à son oncle Lee Calhoun, à ses parents bien sûr. On ne sort pas ainsi d'une famille de cultivateurs de coton indemne. Il en tire des plaies, des cicatrices. Et cette bipolarité, qui le pousse à l'excès et le plonge presque aussitôt dans le repenti biblique. Cela, l'auteur l'écrit avec une fièvre jamais dissimulée, dans des dialogues maltés saisissants.
Hellfire c'est la tragédie grecque, le mythe d'Icare, un pilier de l'histoire de la musique moderne. Hellfire, c'est une bio qui fracasse tout et redéfinit les codes du genre.
Hellfire, (trad. Jean-Marc Mandosio), ed. Allia, 220 pages, 18, 30 €