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The killer inside me

Littérature noire

La dame de Zagreb : Bernie Gunther, Goebbels et les oustachis

1956. Bernie Gunther, ex capitaine de la SD (SichertheitDienst), le service de renseignement et de sécurité de la SS, coule des jours pas très heureux du côté de La Ciotat, où il travaille dans un hôtel tout proche de fermer avec l'hiver. Pour soigner son spleen et parce qu'il aime ça, il se retrouve au cinéma. Sur le grand écran, l'actrice croate Dalia Dressner. " Platon parle de ce qu'il appelle l'ananemsis : quand une chose depuis longtemps oubliée remonte à la surface de la conscience. " Et voilà que Bernie replonge dans l'été 42, à Berlin. Un avocat d'un riche homme d'affaires emprisonné lui demande d'enquêter sur une fondation nazie qu'il soupçonne de détourner de l'argent. Beaucoup d'argent. L'avocat est retrouvé un soir, le crâne fracassé avec un buste... d'Hitler ! Plusieurs mois passent et Bernie Gunther se voit confier la difficile mission de retrouver le père de Dalia Dressner, actrice phare du cinéma allemand et amante de Goebbels. Le paternel est demeuré en Croatie, dans un lointain monastère. Commence, pour le policier allemand le plus désabusé du monde, un périple violent et sauvage dans un pays livré aux barbares. Enfin, d'autres barbares...
Dixième roman de la série, La dame de Zagreb paraît en 2016 juste après le terrible et superbe Les ombres de Katyn. Et ici encore, Philip Kerr met les mains dans l'horreur de la Seconde Guerre Mondiale avec le conflit qui ravage la future Yougoslavie entre Serbes, Croates, Bosniaques et des scènes de massacres gratuits, des empilements de crânes que n'auraient pas renié le colonel Kurtz d'Apocalypse Now.
Philip Kerr était un très grand auteur dans cette veine si spéciale et pas forcément très médiatique du polar historique. Surtout pour cette période et avec un personnage principal qui, a priori, n'attire pas les foules. A priori. Parce que Bernie Gunther est pétri de cet humour british, fait d'insolence et de nonchalance. Même dans les situations les plus tendues, cet Allemand, endossant le costume nazi pour survivre, trouve refuge dans des bons mots : " en le regardant, je me sentis comme si je venais de tomber nez à nez avec un puissant gorille alors que je possédais la dernière banane subsistant au monde... " C'est tout l'infini culot de cette oeuvre, archi-documentée (il n'y a qu'à lire la masse de remerciements et la précision des infos sur le projet nazi d'invasion de la Suisse !), d'évoquer la pire guerre de l'histoire et ses pires instants puis d'arriver à en tirer quelques sourires, de tisser une trame sans verser dans l'indigestion historique justement. Pour ne rien gâcher, le lecteur à même droit à quelques scènes d'amour fantasmatiques avec une comédienne des années 40, blonde et gironde.
La dame de Zagreb ne fait que confirmer tout le bien que l'on pouvait penser de Philip Kerr, avec cette série et pas seulement (ne pas oublier Une enquête philosophique !). L'homme avait incontestablement un talent unique de conteur.

La dame de Zagreb (The lady of Zagreb, trad. Philippe Bonnet), ed. du Masque, 439 pages, 22, 90 €
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