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The killer inside me

Littérature noire

La ville piège : ça commence par un pickpocket...

David Miller, proche de la quarantaine, est journaliste économique pour le Manhattan Business, après avoir travaillé pour le Wall Street journal. Sentiment de déclassement, mêlé au chagrin puissant de la mort de sa soeur, saupoudré d'un charme qui fonctionne plutôt bien... sauf ce soir quand il se prend un beau râteau dans un bar de la 44e rue. Plus grave, on vient de lui voler son portefeuille alors qu'il était tranquillement assis au comptoir. Et à partir de là, c'est une sorte d'engrenage de mauvais choix, de galères. D'abord il veut à tout prix se séparer de sa copine, Rebecca : trop jeune, trop immature, trop dépensière. Puis il y a une femme qui l'appelle après avoir retrouvé son portefeuille dans un bus ! David est d'autant plus heureux que le portefeuille contient une photo de sa soeur à laquelle il tient énormément. Problème la femme, visiblement toxico, lui réclame trois cent euros pour lui rendre son bien. Le temps d'un marchandage, il descend au distributeur, remonte chez cette dame à la douteuse probité avant de se faire surprendre par son homme " tu baises ma gonzesse, connard ? " Dans l'empoignade qui suit, David devient fou de rage et cogne le jaloux jusqu'à le tuer. Et là, ce n'est plus du tout la même histoire.
On retrouve dans La ville piège de Jason Starr, l'esprit du Fuck Up d'Arthur Nersesian, à travers une lente descente aux enfers d'un newyorkais et puis, forcément, la géographie de cette ville, la géographie des années 90, surtout avec ses derniers immeubles aux loyers bloqués, des toxicos à tous les étages, des clodos sur le pas de porte, odeurs de pisse et d'ordures. " Je ne savais même plus pourquoi je vivais à New-York. Je n'allais au théâtre, ni en boîte ou au musée, et je mettais rarement les pieds  dans les restaurants et les bars. En fait, à part pour mon travail, je n'allais pas souvent au-dessous de la 72e rue ni au-dessus de la 86e... "
Le truc en plus de Jason Starr, qui a notamment pondu l'excellent Frères de Brooklyn, c'est ce personnage de David Miller que l'on a du mal à prendre en pitié, tant il a un côté un peu grande gueule, beau gosse. Le lecteur se surprend à penser que tout cela lui va bien finalement, lui, le journaliste, tellement au-dessus de tous ces pauvres humains qu'il est obligé de fréquenter pour remettre la main sur son portefeuille. Starr inverse donc un peu le paradigme et rend son personnage principal à la limite de l'antipathie et même de la psychopathie, jusqu'aux dernières lignes.
Roman noir sous tension, roman sur le macadam d'un Manhattan de troisième zone, La ville piège fait partie de cette production Rivages passée un peu sous les radars mais qui se lit encore aujourd'hui avec un sacré plaisir parce que c'est costaud, ça ne rigole pas, ça témoigne et ça bastonne... Nickel, c'est ce qu'on cherche.

La ville piège (Twisted city, trad. Marie Ollivier-Caudray), ed. Rivages, 310 pages, 9 €
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