Littérature noire
16 Juillet 2025
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Le récit initiatique provoque depuis longtemps une excitation particulière chez le lecteur, un frisson qui renvoie aux premiers plaisirs de lectures. Pour mille raisons. Parce qu'il y a de l'aventure souvent. Mais aussi des échecs, des succès, de l'amour... si le genre offre parfois une morale, il s'agit avant tout de proposer une philosophie de vie. Et Stone Junction (1990 pour l'édition US, 2008 pour la France) n'échappe pas à la règle avec ses 694 pages denses, folles, rocambolesques et une réflexion sur l'identité, les valeurs. L'auteur, Jim Dodge, 80 printemps, est passé dans le domaine du mythe, en écrivant de la poésie et en cultivant le mystère avec seulement quatre romans et une vie entre enseignement, pastoralisme, poker et bucheronnage.
A-t-il mis un peu de sa propre vie dans Stone Junction ? En tous les cas, la quantité et l'épaisseur des seconds rôles est ébouriffante. Voici donc Daniel Pearse et sa maman Annalee. A la naissance de son fils, elle a 16 ans et s'échappe d'un foyer pour jeunes filles. Pris en stop par Smiling Jack, celui-ci leur propose d'emménager dans un vieux ranch au nord de la Californie, repaire pour les hors-la-loi en cavale. Mais pas les assassins, les violeurs, les dealers. Non, de nobles hors la loi, cambrioleurs de haut vol, escrocs dandys, alchimistes perchés, qui ont besoin de mettre de l'espace entre eux et la maréchaussée, tous membres de l'AMO, alliance des magiciens et outlaws. La mère accepte et débute alors l'éducation de Daniel, au milieu de la nature et des voleurs les plus bizarres de la planète. Tel Shamus, poursuivi pour avoir tenté de dérober de l'uranium. Un vrai poète et un beau mec qui fait craquer Annalee. Celle-ci décide de l'aider pour son prochain projet de vol de plutonium. Et Daniel, devenu grand, pourra même collaborer. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu. La bombe que transportait Annalee pour détourner l'attention, explose plus tôt que prévue, pulvérise la mère et blesse gravement le fils. A son réveil, pris en charge par Volta, l'un des chefs charismatiques de l'AMO, il va tout faire pour savoir qui a trahi sa mère et qui est responsable de sa mort. Mais avant cela, il va perfectionner son éducation de hors-la-loi : planteur de weed, joueur de poker, perceur de coffres-forts... jusqu'au jour où Volta va lui demander de voler le plus gros diamant du monde.
Stone Junction est un énorme bonheur de lecture, c'est ambitieux, picaresque évidemment, cela raconte aussi une Amérique différente, où le larcin se fait poétique, magique et bien moins violent que dans l'univers du polar. Il y a un côté rêve d'enfants dans ce parcours de Daniel, héros rongé par son chagrin, mais incroyablement doué dans tout ce qu'il entreprend . Hormis avec les femmes, Oedipe persistant sans doute. Jim Dodge s'appuie sur son vécu pour raconter des personnages bigger than life, comme Bad Bobby, " il avait disputé sa première partie autour d'un feu de camp, parmi des saisonniers, dans un verger de Géorgie où l'on cueillait des pêches. Il avait fait l'acquisition de jetons grâce aux nouvelles chaussures de son père, qu'un des types lui avait achetées cinquante cents. Son père était mort une semaine plus tôt, battu à mort lors d'une rixe dans un bar. "
Une grande aventure, un grand roman inclassable, Stone Junction, c'est entre le Big Fish de Tim Burton et L'histoire sans fin.
Stone Junction (trad. Nicolas Richard), préface Thomas Pynchon, ed. 10/18, 694 pages, 9, 90 €