Littérature noire
18 Juillet 2025
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Il y a eu, et il y a encore, des auteurs qui se trimballent des casseroles que l'on a peine à imaginer. Enfance douloureuse, deuils, addictions, misères diverses, une dose plus ou moins élevée de psychopathie... tout cela peut transparaître dans une oeuvre, par touches, allusions, ou frontalement. S'il y a souvent une forme de pudeur, il faut reconnaître aux anglo-saxons une certaine forme de sincérité lorsqu'il s'agit de se mettre à nu. C'est ce que réalise le tourmenté Robin Cook dans Un écart de conduite, titré en VO The legacy of the stiff upper lip or The astonishing social hinterland of a lapse. Plus long certes mais autrement significatif.
Parce que ce livre confession paru en 1966, prend le prétexte de la psychanalyse d'un certain George Breakwater, interpellé après une session d'exhibitionnisme qui a suivi un sévère état alcoolique. Suivent donc, 279 pages de confessions face à l'impassible docteur Sonderzeit. Et Breakwater, trente-trois ans, de conter sa naissance, son enfance, sa jeunesse, dans l'univers corseté de la noblesse anglaise. " C'est parce que les personnes bien nées n'endossent pas la responsabilité de la punition qu'ils font infliger par d'autres gens les gouvernantes, les instituteurs. Une violence qui vient d'eux est trop directe, elle émane d'eux de façon trop visible, détruisant leur prétention à la noblesse. " Scolarité, interrompue, à Eton, éducation rigide, sans amour, Breakwater déballe tout, la religion, le harcèlement en classe, l'homosexualité pas seulement latente en internat, la séduction. Et puis il y a ce voyage en Espagne, véritable révélation lorsqu'avec sa fiancée, ils aident un prêtre médecin à rallier un village ravagé par la typhoïde.
Un écart de conduite a ses passages un peu trop longs, un brin ennuyeux, comme sans doute l'est parfois une psychanalyse avant de toucher le vrai sujet, mais c'est un "roman" précieux pour comprendre cet auteur incroyable et saisir également toute cette société anglaise, mais sans doute aussi française, espagnole, italienne, moulée dans des conventions très XIXe siècle, liées autant à l'Empire qu'aux fortunes de la Révolution industrielle. Cook a rompu violemment avec son milieu, plus grand monde ne l'ignore, mais ici, il explique honnêtement son mal-être, sa dépression, sa rebellion. Certaines scènes lors du voyage espagnol sont absolument dingues et les passages sur sa grand-mère se révèlent d'une tendresse infinie. Pour tous les nombreux fans de cet auteur, c'est le roman qui vient expliquer en partie l'oeuvre. Avant l'autobiographie Mémoire vive, parue en 2000.
Un écart de conduite (The legacy of the stiff upper lip or The astonishing social hinterland of a lapse, trad. Jean-Paul Gratias), ed. Rivages, 279 pages, 8, 90 €