Littérature noire
22 Août 2025
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Depuis Bondrée, il y a maintenant douze ans, Andrée A. Michaud a initié le lecteur aux dangers d'une nature que l'on prendrait un peu trop pour une carte postale, ces grands territoires qui font le bonheur des agences de tourisme ont aussi leurs pièges, leur côté sombre.
Auteure dotée d'un grand sens de la psychologie et d'une empathie rare, avec Baignades, elle crée le duo incroyable de Laurence, la mère, et sa jeune fille Charlie. Toutes deux prises dans l'engrenage mortifère d'un directeur de camping qui déraille complètement. Tout part d'un banal incident quand Charlie, cinq ans, se baigne nue dans le lac et que ce même directeur de camping crie à l'exhibitionnisme. Marc, le mari de Laurence, s'énerve, s'emporte et embarque la petite famille en pleine nuit et, surtout, en pleine forêt... Quatre ans plus tard, après avoir échappées au pire, Laurence et Charlie sont de retour en famille pour la Saint Jean, accompagnées de Phil. Davantage que la forêt, cette fois, c'est le lac qui inquiète, notamment la mère de Laurence. Pourtant, ce n'est pas tant des éléments de nature dont il gfaut le plus se méfier.
C'est peu de dire qu'Andrée A. Michaud sait tisser une atmosphère. Dans une veine thriller dépouillé, elle ne s'attarde pas sur l'identité de ses personnages, que ce soit leur physique d'abord, leur métier ensuite, leur place dans la société. Elle laisse une liberté totale au lecteur pour appréhender ces questions et se concentre sur les bruits de la forêt, les couleurs d'un lac, un environnement qui se fait hostile, inamical : " la forêt l'avait absorbé dans ses entrailles pour ajouter à sa déroute. " Dans le territoire rural immense du Québec, l'homme est finalement l'intrus, le perturbateur, celui qui crée le désordre. Et tout autant que cette nature, l'auteure se penche sur les mécanismes de la psychopathie, individuelle chez un pauvre gars devenu meurtrier ou collective, dans une famille paranoïaque. Et avec cette économie de moyens qui lui est propre, Michaud dessine à merveille les contours de ses personnages. Elle se dispense des critères sociaux pour se focaliser sur les ressorts psychologiques, les dérèglements, les angoisses, les peurs. C'est magistral d'efficacité, le lecteur plongeant dans cette chambre d'une cabane au fond des bois ou à cette table familiale à la tombée de la nuit. Avec cette prose assez identifiable, ce jeu constant avec les ponctuations qui fluidifie les scènes, propose un rythme vivant. Les amateurs de littérature québécoise, et d'identités, retrouvent ici la saveur des expressions type calvaire, astheure, crisse, drette, le mal de bloc, pissou... De la belle oeuvre.
Baignades, ed. Rivages, 235 pages, 21 €